Entretien avec Florent Champy à propos de son livre ''La sociologie des professions''.
[mardi 03 novembre 2009 - 11:00]
nonfiction.fr : La quantification en particulier fonctionne comme un moyen de nier cette autonomie, expliquez-vous ?
Florent Champy : En effet, à la fois par méfiance à l’égard des professionnels et par naïveté positiviste, on exige d’eux ce qu’ils ne peuvent pas garantir : l’objectivité et la prévisibilité de leur pratique. C’est pourquoi la quantification progresse partout dans l’évaluation des professionnels, alors que la complexité de leur travail ne se prête pas à la construction d’indicateurs simples, et qu’un enjeu majeur est sa qualité. Prenons l’exemple du récent mouvement des chercheurs. J’ai tenu à consacrer deux pages à ce thème, alors même que la recherche n’est pas un des objets les plus fréquents de la sociologie des professions. Invoquant des objectifs de productivité du travail de recherche qui ne sont d’ailleurs pas mauvais en soi, le gouvernement tente de mettre en place une compétition absurde, qui repose sur des critères d’évaluation qui sont la négation de tout ce qui permet de faire une bonne recherche : on demande aux chercheurs d’écrire beaucoup et de répondre à des questions fixées à l’avance, alors que la recherche consiste au contraire à chercher dans des directions où l’on n’est pas certain de trouver, avec le risque de déboucher sur autre chose que ce qui était attendu voire, ce qui est plus grave mais tout aussi respectable, sur rien. Les chercheurs ont raison de s’opposer à ces initiatives gouvernementales. Mais ceux qui travaillent sur des professions sont pris à contrepied : après des années de critique de l’autonomie, suivant en cela les interactionnistes, ils tentent de la défendre. A mes yeux, cela constitue aussi une invitation forte à changer les perspectives sociologiques
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