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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

En 1842, dans le village de Down, à deux heures de calèche de Londres, Charles Darwin rédige au crayon une esquisse (sans doute la première) de sa théorie des espèces, en trente-cinq pages. Ce manuscrit restera inconnu jusqu'à sa découverte en 1896, dans le tiroir d’une commode sous un escalier à Down. Il sera publié en 1909 à l’occasion du centenaire de la naissance de Charles, par Francis Darwin, son fils, sous le titre The Foundations of the Origin of species, d’abord sous forme d’un tiré-à-part, puis dans un volume qui rassemble l’Esquisse avec un autre texte, l’Essai rédigé en 1844. Cette tradition éditoriale, consistant à publier ensemble l’Esquisse de 1842 et l’Essai de 1844, n’est pas suivie par les éditeurs de l’édition française, qui décident de publier les deux textes en deux volumes séparés.
L’édition conjointe des deux textes va de soi si l’on considère que l’Essai de 1844 n’est que la version "propre" de l’esquisse de 1842. Mais l’édition séparée se justifie si l’on tient compte du caractère particulièrement vigoureux et singulier de la pensée que se déploie dans l’Esquisse. Celle-ci, quoique non entièrement rédigée, est un document passionnant parce qu’on y sent les trépidations d’une pensée qui se forme et qui court vers son terme, déposant au passage des références qui jonchent le chemin de la découverte sans être ici développées ni explorées pour elles-mêmes.
Cette Esquisse constitue donc un document exceptionnel, où Darwin s’astreint à donner une forme cohérente aux masses importantes de faits qu’il a amassés pendant des années. L’esquisse permet de parcourir l’ensemble des lectures de Darwin, de prendre la mesure de leur étendue et d’observer comment il organise ses données : variation, sélection artificielle, distribution géographique, données paléontologiques… On y voit les thèmes des carnets de note (Notebooks) ici réagencés par Darwin en un tout organisé et cohérent. Mais on ressent surtout à quel point toutes ces références, mobilisées par Darwin, viennent s’entrechoquer dans son esprit et interrompre le flux de sa pensée.
La cristallisation de ses idées s’est réalisée près de quatre ans plus tôt (1838) lorsque se sont conjuguées dans son esprit la lecture de Thomas Malthus et les nombreuses observations faites par les éleveurs de plantes et d’animaux domestiques. Les notes sont présentées de manière cursive, comme une manière de donner forme à l’argument général. Les ellipses abondent dans le style, qui s’apparente souvent à celui des Carnets : plus des notes pour soi-même que le projet d’un livre. L’Esquisse constitue en effet un manuscrit personnel, dont Darwin n’a jamais envisagé la publication, contrairement à l’Essai qui est resté manuscrit mais dont Darwin avait demandé qu’on le publie s’il venait à disparaître de manière prématurée.
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