Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Mars pour échapper au capitalisme
[samedi 31 octobre 2009 - 15:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Archéologies du futur t.1 Le désir nommé utopie
Fredric Jameson
Éditeur : Max Milo
260 pages / 23,76 € sur
Littérature
Couverture ouvrage
Archéologies du futur t.2 Penser avec la science-fiction
Fredric Jameson
Éditeur : Max Milo
287 pages / 23,66 € sur
Résumé : Le grand critique marxiste nous offre une œuvre majeure sur la SF américaine, vue à travers le prisme de l’utopie. 
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Pour Jameson, c’est précisément ce que la science-fiction donne à voir : outre les empires totalitaires et les luttes inter-galactiques, la littérature de science-fiction brille des étincelles d’un monde meilleur. Jameson va chercher chez Kim Stanley Robinson, Ursula Le Guin, Brian Aldiss ou Philip K. Dick, les éléments d’une SF américaine de gauche, qui fourmille des espoirs qui portent l’humanité vers l’avenir. Tel était en particulier, l’objet de la première partie de l’ouvrage, Le Désir nommé utopie.

Penser avec la science-fiction, deuxième partie de l’ouvrage, reprend ces perspectives et ce questionnement, demandant : que dire en effet de la science-fiction, sinon paraphraser les histoires qu’elle nous raconte et résumer les mondes qu’elle nous décrit ? Cet ouvrage, constitué de douze essais et articles, se présente comme une enquête dans le monde de la science-fiction et de la fantasy. Notons d’ailleurs que Jameson refuse de hiérarchiser entre les deux domaines et tend à les traiter ensemble, en particulier à partir de l’œuvre hybride d’Ursula Le Guin. Jameson n’entend pas non plus traiter de la SF comme d’une grande littérature : à plusieurs reprises, il se moque gentiment de ses collègues qui, parce qu’ils aiment Raymond Chandler, le comparent à Pouchkine et Dostoïevski. Pour Jameson, on ne doit pas négliger le fait que la SF a partie liée, pour une grande part de sa production, avec le monde des "pulps", de la littérature commerciale, et qu’elle constitue un genre : ses effets les plus puissants sont rendus possibles par des conventions génériques, de même que dans les films de série B, ou le "thriller". Quelle que soit par exemple la proximité entre les méthodes d’écriture adoptées par Van Vogt et celles, par exemple, des surréalistes, on aurait tort de lire Van Vogt comme un auteur surréaliste. La SF n’est pas le pulp, mais la SF n’est pas autre chose que le pulp .

Le titre original, traduit par "Penser avec la science-fiction", était une formule empruntée à G.B. Shaw, "As far as thought can reach", soit : "Aussi loin que la pensée peut atteindre", ce qui indique plus la perspective utopique dans laquelle Jameson aborde le matériau science-fictionnel. Pour Jameson, "nos imaginations sont otages de notre propre mode de production" : l’utopie sert donc avant tout à nous faire prendre conscience de notre emprisonnement mental et idéologique. De ce point de vue, ce qui importe dans l’utopie, ce sont les processus qu’elle met en œuvre : clôture, récit, exclusion, inversion… L’analyse littéraire apporterait ici des outils pour comprendre "le formalisme utopique".

Dans une belle recension du roman de Philip K. Dick, Ubik , Jacques Chambon appelait à "pratiquer le livre-panique par excellence" et renvoyait  au Satyre de Victor Hugo : "Place à Tout ! Je suis Pan ! Jupiter, à genoux !" Terreur des nymphes éperdues, fuite panique et joie orgiaque : c’est peut-être ce que nous offre Jameson dans son magistral parcours de la SF utopique, de P.K. Dick à Charles Fourier.

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1 commentaire

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Yoda

01/11/09 12:28
On commence aussi enfin à voir arriver en France d'autres réflexions dans le même sens, c'est-à-dire prenant cette forme littéraire au sérieux, essayant de la saisir comme matière à penser et d'en révéler le potentiel politique. Voir par exemple : http://yannickrumpala.wordpress.com/category/science-fiction-et-theorie-politique/

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