Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr
Critiques
Il n’est pas question de discuter ici en profondeur l’argument du livre. Néanmoins, tout n’est pas très clair dans le développement de Swinburne, et particulièrement les standards qu’il adopte pour évaluer les différentes théories. Reprenons par exemple l’argument développé au chapitre 4 à partir de l’uniformité des propriétés des composantes de bases du monde physique. Comment faut-il exactement comprendre l’argument ?
1) Swinburne ne cesse de répéter que l’explication la plus simple est celle qui postule le moins d’entité (« Rasoir d’Ockham »). L’argument serait donc que le théisme fait appel à une entité (Dieu) tandis que le matérialisme en invoquerait une infinité (de particules). Mais l’argument ne marche que si « postuler le moins d’entité » s’entend au sens numérique. Une autre compréhension, plus probable, serait que l’explication simple est celle qui postule le moins de types d’entités distinctes. En ce sens matérialisme et théisme sont à égalité. En poussant plus loin, on pourrait s’interroger aussi sur le mot « postuler ». Est-ce que le nombre d’entités que postule une théorie doit être compris comme le nombre de type d’entités contenues dans la théorie ou comme le nombre de nouvelles entités contenues dans la théorie ? Dans ce sens, le matérialisme est supérieur au théisme car il ne fait appel à aucune nouvelle entité tandis que le théisme introduit une nouvelle entité. Le problème est que le terme de « simplicité », qui joue un rôle important dans le raisonnement de Swinburne, est loin d’être simple et peut être compris en de très nombreux sens.
2) Mais il existe une autre interprétation de l’argument de Swinburne en termes de probabilités : Swinburne semble dire qu’il est beaucoup plus probable qu’existe un Dieu plutôt qu’une infinité de particules ayant les mêmes propriétés. Mais là encore, le terme probabilités est flou : comment mesure-t-on des probabilités dans ces cas-là ? de quel type de probabilités parle-t-on ? faut-il en avoir une interprétation logique, épistémique, fréquentiste, subjective ? En raisonnant autrement (d’un point de vue épistémique par exemple), il est tout à fait possible de dire qu’il est très probable qu’il existe un grand nombre de particules ayant les mêmes propriétés, puisque nous savons déjà qu’elles existent (la probabilité de leur existence est donc une certitude). De ce même point de vue, au contraire, l’existence de Dieu est peu probable, puisque rien de ce que nous connaissons du monde y ressemble. Pourquoi cette manière d’estimer les probabilités de chaque hypothèse vaudrait-elle moins que celle de Swinburne ? L’une des erreurs de Swinburne consiste à croire que la probabilité d’une hypothèses dépend uniquement de la facilité avec laquelle elle explique les phénomènes à expliquer, sans prendre en compte la probabilité intrinsèque de cette hypothèse étant donné ce que nous connaissons déjà du monde. Autrement dit, si je rentre chez moi et que je vois que l’on m’a volé une lourde armoire en chêne, faut-il que je postule que le voleur avait une force surhumaine pour minimiser le nombre d’entités, ou n’est-il pas plus raisonnable dans ce cas de multiplier les entités en supposant qu’ils étaient plusieurs ?
Conclusion
Malgré les (nombreuses) critiques que l’on peut légitimement faire au raisonnement de Swinburne, celui-ci a le mérite d’être assez clair, organisé et intéressant pour… susciter des objections. En effet, il est peu probable (au regard de ce que nous savons de la psychologie humaine) que la simple lecture de ce livre fasse changer quelqu’un d’avis au sujet de l’existence de Dieu. Mais il existe deux types de croyances (et de non-croyances) : certaines sont justifiées et d’autres non. Pour nombre d’entre nous, il est probable que notre avis sur le sujet soit le fruit de notre histoire personnelle et que nous soyons incapables de le justifier. Se confronter à l’argumentation de Swinburne, c’est entamer un processus d’interrogation et de justification de nos croyances qui ne peut être que salutaire.
Y a-t-il un Dieu ? a été traduit de l’anglais par Paul Clavier. Paul Clavier a aussi publié chez Vrin une utile introduction à la question de l’existence de Dieu : Qu’est-ce que la théologie naturelle ?
A l'occasion de la sortie du livre, une rencontre-débat avec Richard Swinburne aura lieu à l'Ecole Normale Supérieure le jeudi 12 Novembre.
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14 commentaires
Sylvain Reboul
Enfin dire que Dieu est une hypothèse simple est pour le moins simpliste dès lors que l'on ne peut rien savoir de lui, sinon ce que l'on a envie de croire de ses supposées intentions finalistes favorables à notre existence sur terre et par delà la mort, intentions dont nous n'avons aucune expérience possible. Les voies de Dieu restent définitivement impénétrables: expliquer ce que l'on ne sait pas par ce qui reste inconnaissable rationnellement (mystère) est non une avancée de la connaissance mais un recul obscurantiste ou fidéiste.
dieusansbarbe
Florian Cova
1) La trilogie en question est composée des ouvrages "The Coherence of Theism", "The Existence of God" et "Faith and Reason".
2) J'ai oublié de préciser que Swinburne ne remettait jamais en cause les doctrines scientifiques établies, comme l'évolution, et qu'il précisait bien que son Dieu n'est pas un "God of the Gap". Son argument n'est pas "oh ! quelque chose qu'on ne peut pas expliquer ! donc Dieu existe". C'est plutôt : "oh ! voilà un fait à expliquer ! nous avons plusieurs explications disponibles ! l'existence de Dieu est la meilleure ! Dieu existe !"
dieusansbarbe
Le Y a-t-il un Dieu? de Swinburne est une version abrégée et popularisée de sa triologie, dans laqulle l'épitsémologie de l'explication est bien plus costaud et répondrait certainement, je crois, à une parrtie des réserves de Florian; mais ce dernier a bien compris que, loin de prétendre convertir les masses, Swinburne se propose avant tout d'arracher la question de l'exisrttence de DIeu au subjectivisme qui témoigne rait, si on l'adptait, d'un égal mépris pour les revendications athéistes que pour les recvendications théistes.