On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Mais si nos facultés mentales sont le produit de l’évolution, cela signifie qu’elles ont été sélectionnées pour remplir une tâche bien précise. L’hypothèse évolutionniste devient ainsi une heuristique pour mieux cerner le fonctionnement de l’esprit humain : moyennant certaines hypothèses sur le cadre naturel dans lequel nos ancêtres ont vécu et les problèmes qu’ils y ont rencontrés, il est possible d’étudier chaque faculté mentale comme un outil conçu pour résoudre un type particulier de problème et faire des hypothèses sur le fonctionnement actuel de cette faculté. La psychologie évolutionniste ne se réduit pas ainsi à l’hypothèse selon laquelle l’esprit humain est un produit de l’évolution mais est aussi une méthode qui consiste à partir d’hypothèses évolutives pour mieux comprendre comment nous pensons aujourd’hui (voir chapitre 1).
Un excellent et riche ouvrage d’introduction
La psychologie évolutionniste fournit ainsi un cadre permettant de réunifier sciences biologiques et sciences sociales sans pour autant réduire les secondes aux premières et dans lequel elles s’éclairent mutuellement, en se fournissant respectivement de nouvelles hypothèses. On est ici loin du dualisme méthodologique et des affrontements universitaires qui creusent le fossé entre les deux domaines, rendant ainsi inconcevable toute vision unifiée de la nature humaine. C’est pourquoi l’on ne peut que déplorer en France l’absence d’ouvrages d’introduction qui permettrait de découvrir les nombreuses façons dont l’approche évolutionniste (qui dépasse le seul cadre de la psychologie évolutionniste) permet d’éclairer des problématiques relevant classiquement des seules sciences humaines. Cet ouvrage vient brillamment et rigoureusement pallier ce manque. Brillamment, parce que l’ouvrage se structure sous forme de chapitres clairs et agréable à lire, chacun se concentrant sur un type d’application possible. Rigoureusement, parce que l’ouvrage ne tombe pas dans le panégyrique et est un exemple parfait de ce qu’est la rigueur et l’honnêteté scientifique : les auteurs ne se contentent pas d’exposer les thèses qui ont connu le plus de succès mais illustrent à de nombreuses reprises leurs propos en exposant des hypothèses qui se sont relevées fausses, permettant de saisir le mouvement même de la recherche scientifique.
Il serait trop long de résumer en détail tous les développements de cet ouvrage : ceux-ci touchent aussi bien le développement du langage et de la cognition sociale (chapitres 6 et 7) que la transmission et l’évolution culturelles (chapitre 5). Les disciplines présentées, loin de se limiter à la psychologie évolutionniste au sens strict (chapitre 1), sont pléthores : éthologie (chapitre 3), archéologie cognitive (chapitre 6), linguistique (chapitre 7), neurosciences (chapitre 8) ou encore intelligence artificielle (chapitre 9). Aucune d’entre elles ne se développe indépendamment des autres et cette formidable interdisciplinarité se ressent jusque dans le texte, quand tel chapitre fait référence à une découverte déjà aperçue dans un autre.
11 commentaires
La rédaction
Byzance
Un avertissement dans le pied de page vous voulez dire ? Je ne suis pas sur de mon franglais. Mais ça doit faire chic je suppose...
W@shington
Mémé
http://www.nonfiction.fr/article-2766-les_sciences_sociales_et_la_memetique.htm
Florian Cova