Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Dans la multitude des champs koltésiens
[jeudi 15 octobre 2009 - 18:00]
Spectacle vivant
Couverture ouvrage
Koltès, la rhétorique vive
André Job
Éditeur : Hermann
133 pages / 23,75 € sur
Résumé : André Job propose autour de la pièce culte de Bernard-Maris Koltès un parcours riche, mais qui laisse parfois le lecteur sur la touche.
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Et André Job ne fait que ça, tisser des liens, chercher des correspondances, en appelant à lui tout l'attirail des sciences humaines : anthropologie, philosophie, psychanalyse, sociologie... Entreprise téméraire et parfois réussie, quand l'auteur s'abandonne un peu, se laisse aller à son propre style. Au détour de ce chemin sinueux, de troublantes analogies font mouche et parlent. Un tel parcours d'érudit dans l'histoire des disciplines à la lumière d'un texte aussi fondamental est toujours bon à prendre. Par l'ensemble des références évoquées, il fait du texte de Koltès un lieu où Nietzsche, Lacan, Baudrillard se croisent parfois sur un simple mot.

Mais par le ton généralement pédant qu'André Job affecte, il n'y a rien là qui nous puisse satisfaire. De deux choses l'une : soit le lecteur est aussi érudit que l'auteur, aussi familier de l'écriture de Koltès et des différents champs où l'on va labourer, et alors peut-être trouvera-t-il dans ce livre, comme à parler de la pièce avec un ami, de quoi s'amuser, mais guère de quoi se nourrir ; soit il est exclu, hors de l'ensemble restreint des destinataires de ce livre, qu'il parcourt avec un réel ennui et un certain agacement dû à l'hermétisme des tournures. Preuve que l'auteur ne cherche pas tellement à se faire comprendre, il ne mentionne qu'à regret semble-t-il le titre de la pièce dont il parle au bout de cinq pages. Même s'il y a de bons passages, là où quelque chose d'irrationnel surgit au milieu de la prose technique, là où il se fait le passeur de la parole des autres, l'auteur manque de visée, d'une pensée forte, et l'"urgence d'examiner" dont il parle en introduction ne se ressent pas du tout. Que faut-il établir ? André Job conclut sur l'actualité de Koltès. Mort il y a vingt ans, joué sans discontinuité depuis dans tout type de salle, il est actuel, cela ne fait pas le moindre doute.

François Chattot avait dit : "Koltès nous a mis entre les mains une littérature que nous ne savons pas encore jouer". Il faut croire que nous ne savons pas encore non plus l'analyser. Parce que sa parole, sa rhétorique, est justement encore vive, parce qu'il est aujourd'hui comme il y a vingt-cinq ans d'actualité, le texte de Koltès déborde trop pour se laisser circonscrire. Même si l'entreprise d'André Job est inspirante, donnant quelques ouvertures intéressantes à qui aura franchi les barrières qu'il pose volontairement sur son chemin, elle reste très en-deça du texte d'origine. Autant le lire et le relire, le jouer, l'écouter ; rien pour le moment ne sera plus fort..

 

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