La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Un testament psychanalytique
[lundi 05 octobre 2009 - 23:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
Essais sur la Mère morte et l'oeuvre d'André Green
Éditeur : Editions d'Ithaque
328 pages / 26,60 € sur
Résumé : L’article le plus célèbre d’André Green, mis au cœur d’une élucidation du sens de son œuvre, entre Bion et Winnicott, avec et contre Lacan
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La meilleure introduction au problème psychanalytique de la "mère morte" est donnée par Green lui-même dans le texte qui clôt le recueil : "L’intuition du négatif dans Jeu et réalité". Il s’agit  d’un commentaire détaillé de Green sur son point de départ théorique dans l’affaire : une lecture du fameux livre de Winnicott. On est là à un second niveau d’amplification : non plus celui de ce que chacun pressent plus ou moins touchant la différence entre la mort du père et celle de la mère, mais de ce qui est déjà présent, encore que ce soit justement sous la forme d’une intuition déjà plus élaborée, chez Winnicott. Cet article est remarquable. Green y raconte comment il a eu en cure chez lui, des années plus tard, précisément la même patiente à laquelle se réfère Winnicott, et qui lui avait servi à élaborer certaines de ses notions. Ce sont des conjonctures rares et précieuses. Plus généralement, cet article donne une idée claire de la profonde différence entre les manières françaises (lacaniennes) de psychanalyser, et la tradition britannique. Cette dernière met en effet l’accent sur la "présence" du psychanalyste dans la séance, donc sur la multiplicité des interprétations, ou sur l’analyse permanente des effets du transfert sur le psychanalyste (le contre-transfert). Dans le sillage de Lacan, à l’inverse, son "absence" (un silence méthodique, par exemple), s’est quelquefois imposée comme une norme — l’une et l’autre attitude au risque de la caricature. Green, mais surtout ses commentateurs britanniques très en vue, Christopher Bollas et Thomas Ogden, livrent ici des témoignages instructifs sur ce qu’est être "en présence" d'un autrui difficile. Le contre-transfert y est classiquement décrit comme l’expérience des effets de l'autre sur soi (y compris dans l'ennui ou dans l'excès d'intérêt pour le patient...). Sauf que c'est devenu une façon de vivre en général. C'est toute la vie psychique de l'analyste qui se trouve mobilisée, toute sa vie associative en dehors même du temps de la cure. Il faut prendre des notes sur le patient, dit Ogden, même quand il ne vient pas! Cela devient plus ou moins un style existentiel, sans la dimension de l'engagement, mais plutôt au titre d'une attention à soi démesurément élargie. En France, l'analyste qui interprète sort du silence, mais en Grande-Bretagne, quand il s'y retire, c'est un moment toujours constituant du processus interprétatif. Point remarquable, dans le paradigme de la "mère morte" : le père peut aussi fonctionner comme mère morte ! C'est à cela qu'on juge de la différence radicale des techniques, celle de l'absence symbolique du père (œdipien, donc toujours déjà mort) en France, et donc du silence qui s’appuie sur sa présence d’absent, et celle qui ravive la présence de la mère, au risque de dégénérer en soutien conversationnel empathique et réparateur.

Lacan avait joliment décrit la cure psychanalytique comme une paranoïa dirigée". On en retrouve quelque chose dans ces récits de cure. Car, non seulement tout y prend une "signification personnelle" pour le patient ("Mais que me veut-il ?", se demande le patient devant les faits et gestes de l’analyste), mais aussi et surtout pour l'analyste : tous les mouvements de son patient sont considérés par lui comme lui étant adressés, consciemment ou inconsciemment, et l’interprétation du transfert ("Ce que je suis ici pour vous", commente l’analyste devant presque tous les énoncés qu’on lui apporte) tend à noyer tout, y compris l’interprétation des symptômes. Le procédé est d’origine kleinienne, comme si Melanie Klein, par ce biais, avait tenté de soulager ses patients de leur sensibilité paranoïde, les mettant plutôt en position de recevoir et d’accueillir en retour, bref de contenir, voire de symboliser des mouvements psychiques marqués par le mélange du désir et de la destructivité, plutôt que de les projeter ou de les expulser. Le silence du patient en train de recevoir l’interprétation joue alors un rôle symétrique à celui du silence habituel de l’analyste : il est comme la mise en branle d’un processus de digestion psychique plutôt que d’un vomissement sans fin d’une parole faussement associative, ou comme un temps pour la rêverie en lieu et place d’un agir forcé et vain avec des mots creux. Les effets de ce choix pour la présence, où l’analyste met ses propres associations et ses affects au service de la cure sont ici impressionnants, parfois déréels, surtout quand on voit le vertige qu’ils occasionnent, et la façon dont les patients s’en emparent et en font quelquefois leur profit.
Pierre-Henri CASTEL
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Titre du livre : Essais sur la Mère morte et l'oeuvre d'André Green
Auteur : André Green, Martin S. Bergmann, Christopher Bollas
Éditeur : Editions d'Ithaque
Date de publication : 04/10/09
N° ISBN : 2916120076
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