La phrase

On retombe sur des structures finalement très classiques. Quand un acteur devient trop puissant ceux qui l’environnent cherche le soutien d’une puissance extérieure pour le contrebalancer. Les relations internationales restent et seront toujours mues par l’intérêt des Etats. Le pragmatisme a donc de l’avenir et la géopolitique classique, de beaux jours devant elle

Gérard Chaliand, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Un testament psychanalytique
[lundi 05 octobre 2009 - 23:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
Essais sur la Mère morte et l'oeuvre d'André Green
Éditeur : Editions d'Ithaque
328 pages / 26,60 € sur
Résumé : L’article le plus célèbre d’André Green, mis au cœur d’une élucidation du sens de son œuvre, entre Bion et Winnicott, avec et contre Lacan
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L’histoire tourmentée d’une idée peu française.

"Mais comment peut-on parler des gens comme ça ?" Quand on se pose, au fil des pages, une question de ce genre, c’est qu’on a affaire à un bon texte de psychanalyse. La lecture elle-même devient une expérience, ou mieux une épreuve, dans laquelle vous êtes vous-même intérieurement silencieux, traversé d’émotions diverses, incapable de vous empêcher de visualiser imaginairement qui parle, sur quel ton, et bien conscient, en même temps, que dans ce petit théâtre intérieur que le développement du récit vous impose, tout ce que vous imaginez et projetez ainsi au-dehors en dit beaucoup sur vous, et sur ce que serait votre manière de vous défendre de ce qui, il faut bien le dire, témoigne de l’insupportable auquel se heurtent les hommes et les femmes (les patients) dont on vous rapporte les propos et les actes. C’est pourquoi il est si important que ces propos soient exacts, et que les gens qui les ont tenus aient vraiment existé. Le récit psychanalytique de cas obéit, pour être efficace, à la vieille contrainte édictée déjà par Aristote pour le mythe au fondement de la tragédie : il ne s’agit surtout pas d’y rendre vraisemblable le faux, comme dans la mauvaise fiction, mais, bien plutôt, d’y rendre l’impossible réel. Ces récits psychanalytiques sont ainsi des récits de fiction (idéalement, du moins, on y efface tous les traits qui permettraient à des tiers, seraient-ils des proches, d’identifier les patients) ; mais des fictions dont la qualité consiste à faire éprouver à ceux qui en prennent connaissance, et qui s’y exposent avec toute leur sensibilité, un réel plus "réel" que celui de la reconstitution historique et matérielle des faits. Les psychanalystes parlent alors de "réalité psychique". Or, dans les développements récents de la psychanalyse, disons depuis un bon quart de siècle, et dont ces Essais sur La mère morte donnent une bonne idée, la réalité psychique n’est pas tellement ce qui serait réel "seulement psychiquement", autrement dit "dans la tête". Elle est plutôt constituée de ces régularités étranges qui émergent dans l’entre-affectation du psychanalyste et du patient, dans cet aller-retour singulier où chacun s’affecte de ce qui affecte l’autre, dans leur entre-deux. Ces régularités, quelquefois, laissent deviner de puissantes et obscures contraintes au travail, et les faits matériels, telles mésaventures intimes et sexuelles, ou publiques et témoignant parfois douloureusement des effets de l’histoire, viennent s’intégrer au déploiement plus ou moins inexorable de ces contraintes. On lit donc ces récits de cas psychanalytiques, on n’en croit pas ses yeux, on est ému (fasciné, horrifié, ennuyé, apaisé, etc.), et l’on se souvient soudain que le mot de destin a un sens.

Le succès de l’article de Green intitulé "La mère morte"   repose sur cela : avoir rendu visible un tel schéma inconscient chez un certain nombre de patients qu’on ne jugeait pas, dans les années 1970, analysables (pour faire vite, les patients dit bordelines, pas névrosés, mais pas non plus psychotiques), mais en plus et surtout, d’avoir indiqué de quelle façon réglée et cohérente on pouvait faire varier le cadre classique de la cure pour rendre possible une réponse ajustée à leur état, et parfois la soulager. Si cet article a eu l’immense succès qu’on sait,  au point de marquer pour beaucoup la véritable fin du paradigme de la "psychologie du moi" à la Anna Freud dans les institutions psychanalytiques officielles (en-dehors du lacanisme), c’est parce qu’il a su intégrer de façon extrêmement cohérente au corpus freudien, dans une continuité quasi sans rupture, les apports de Winnicott ou de Bion, mais aussi d’un certain Lacan. Après avoir été rejetée ou du moins marginalisée dans les années 1970, l’œuvre d’André Green est apparue avec le recul comme fédératrice, sa forme synthétique et sa maîtrise indiscutable des "classiques" de la psychanalyse n’empêchant pas des apports originaux. Paru en anglais il y a 10 ans  , ce recueil voulait marquer la fin d’un relatif ostracisme. En France, où la violence des polémiques qui déchirent le milieu psychanalytique repose sur l’ignorance concertée de ce qui se passe chez ceux d’en-face, nul doute que l’importance de "La mère morte" sur l’évolution de la pratique psychanalytique ailleurs dans le monde suscitera des haussements de sourcils incrédules. Je me souviens, il y a dix ou quinze ans, de collègues expliquant sans rire que l’idée même de patient borderline démontrait la nullité clinique des gens qui posaient un pareil diagnostic.

De fait, comme souvent dans les écrits des psychanalystes, on ne sait pas bien si le schéma de la "mère morte" a été détecté, s’il était toujours là en attente qu’on le découvre, ou si Green a plutôt proposé une autre attitude devant ces patients difficiles, et que ce changement d’attitude a déplacé, en aval, en cascade, les positions des patients, auxquels d’autres réponses que celles de la mise en échec systématique des cures traditionnelles devenaient par ce moyen accessibles. C’est pourquoi Green ne manque pas au début de ces Essais d’indiquer sur quel fondement intime, dans son enfance, mais aussi dans ses trois cures successives, reposait ce changement d’attitude. Il faut apprécier l’aspect subjectif de ce genre de théorisation. Avec cela, pourtant, on est loin du compte. Ce que ces Essais mettent en évidence, en entourant l’article initial, "La mère morte" (hélas non-reproduit) de toute une série de commentaires, de réactions personnelles et d’explications savantes, c’est l’élaboration théorique sophistiquée qui a donné au destin particulier de Green une qualité plus abstraite, abstraction qui a rendu disponible à d’autres un schéma psychique inconscient auquel il avait quelques motifs privés d’être sensible. Mais Green ne théorise pas sur le mode de la grande rupture épistémologique (comme Lacan ou comme Bion). Au contraire, il dénonce le fameux slogan lacanien du "retour à Freud, lequel a toujours été, pour lui, un moyen de faire en réalité tout autre chose que la psychanalyse selon Freud. Aussi les thèmes conceptuels du schéma inconscient de "la mère morte" sont-ils constamment rapportés aux disputes internes au milieu des psychanalystes qui revendiqent une fidélité explicite à Freud, ainsi qu’à L’Association psychanalytique internationale qu’il avait fondée, et qui fut fort longtemps la représentante exclusive de la psychanalyse à travers le monde. Green situe donc avec précision  son travail par rapport aux principales écoles qui y sont ou qui y furent en compétition ("psychologie du moi", kleinisme, école de "la relation d’objet", etc.). On apprend beaucoup, en lisant ces Essais, sur ce qui les rend mutuellement inconciliables. Car le goût de Green pour la polémique fait ressortir crûment ce que les unes ou les autres perdent sur un plan en croyant gagner sur l’autre.

Pierre-Henri CASTEL
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Titre du livre : Essais sur la Mère morte et l'oeuvre d'André Green
Auteur : André Green, Martin S. Bergmann, Christopher Bollas
Éditeur : Editions d'Ithaque
Date de publication : 04/10/09
N° ISBN : 2916120076
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