Faire un jour le « Nuremberg des crimes contre l’humanité communistes » ?
[lundi 05 octobre 2009 - 11:00]
Histoire
Katyn : la vérité sur un crime de guerre
Alexandra Viatteau
Éditeur : André Versaille
250 pages
Un certain malaise
Le livre est militant. Non seulement, il désigne clairement sa cible, l’URSS, mais l’auteure ne lésine pas sur les notes qui rappellent sans ambages les crimes multiples dont s’est rendu coupable le régime soviétique – et pas seulement stalinien – durant les décennies où il a dominé la Russie et les pays satellites. « L’ONU ignora la destruction d’un « groupe social » inscrite dans la « haine de classe » et la « lutte des classes » marxistes-léninistes et communistes soviétiques, qui avaient aussi inspiré Katyn et qui semaient la mort et la désolation bien après la guerre »
; ce genre de phrases ponctue souvent l’ouvrage. De la même manière, Alexandra Viatteau se livre à des décomptes dont on peut se demander si, en dehors de comparaison vraiment qualitative, ils ont une réelle validité heuristique : « Seulement 3% des officiers polonais prisonniers de guerre en URSS ont survécu, alors que 97% des officiers polonais prisonniers de guerre en Allemagne ont survécu »
. A trop rejeter dos à dos « les deux partis criminels que furent le PCUS et le NSDAP à l’époque »
, Alexandra Viatteau laisse de côté les résultats des comparaisons ambitieuses
entre les deux totalitarismes : l’importance des différences entre les deux régimes, au-delà de la proximité des mécanismes qu’on regroupe sous le paradigme
totalitaire. Cette tendance, couplée à une construction de l’ouvrage parfois un peu complexe, des témoignages rapportés parfois envahissants, desservent le propos, qui ne se projette jusqu’à son achèvement que grâce à la verve militante de son auteure.
Alexandra Viatteau comble un manque abyssal, c’est certain. Mais finalement, tout comme je préfère lire Raul Hilberg ou Christopher Browning, plutôt que de trop souvent céder aux « énoncés mémoriels »
, j’aurais préféré que l’ouvrage de l’historienne soit expurgé des petites notes qui ne font pas honneur au reste du livre.
.
C’est plutôt ce registre qui a, à mes yeux, un peu desservi l’ouvrage, pas la démarche. On ne peut que souhaiter, comme le fait Alexandra Viatteau, que la « tentation d’oubli » ne prenne pas le relais de la « tentation d’ignorance »
, en continuant à étudier au plus près, et dans la mesure où la pression politique sur les ouvertures d’archives le permet, les crimes soviétiques, dans leur totalité et leur complexité, sans abuser d’un paradigme totalitaire qui a trouvé une partie de ses limites
* À lire également : Victor Zaslavsky, Le massacre de Katyn. Crime et mensonge (Perrin), par François Quinton.
3 commentaires
François Delpla
Nicolas Patin
Je n'ai pas eu le temps d'aller voir les deux anciennes éditions du livre, mais je pense que cette troisième remise à jour a peut-être trop été faite sur le mode de l'adjonction, pas du renouvellement. Des passages ont donc peut-être été laissés à l'identique depuis les années 1980. Cela donne, je partage votre remarque, un côté assez décousu au texte.
Iba
Le livre est assez hétérogène : quelques excellents chapitres cohabitent avec des passages nettement moins convaincants, et pour tout dire, vieillis.
Je partage votre critique générale, même si les différents chapitres auraient parfois nécessité un toilettage, voire une refonte : le récit n'est pas linéaire, et malheureusement pour le lecteur, ce n'est pas pour des raisons de plan, mais plutôt de collage.