On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La femme la plus puissante de la planète en 2009 d’après Forbes. À la tête de l’une des premières économies du monde au moment où se déclenche la crise financière, après une ascension fulgurante au sein de son parti et du pouvoir politique. Mais témoignant au quotidien d’un sang-froid à toute épreuve et d’une modestie désarmante : le reportage mené auprès d’Angela Merkel par Margaret Heckel, journaliste du quotidien conservateur Die Welt, n’est pas loin d’une profession de foi chrétienne-démocrate ou d’un discours hagiographique qui tombe à point nommé à l’approche des élections au Bundestag fin septembre. Il apporte néanmoins un éclairage instructif sur les réflexes politiques outre-Rhin et sur la perception que la droite allemande a d’elle-même vingt ans après la chute du Mur de Berlin.
Margaret Heckel a accompagné la chancelière de septembre 2008 à avril 2009 dans son travail à Berlin et lors de ses déplacements. Elle en retire un portrait où l’admiration transparaît sans détour : la réserve et le calme d’Angela Merkel sont présentés comme des atouts au service d’une intelligence politique de long terme, tandis que son pragmatisme est expliqué, un peu rapidement, par un souci d’efficacité hérité de sa formation de physicienne.
Un portrait inabouti
On peut regretter que cette analyse de sa personnalité ne soit pas plus approfondie au regard des éléments biographiques, et que les comparaisons se limitent le plus souvent à une critique du style belliqueux de ses rivaux ou du comportement impulsif de son prédécesseur Gerhard Schröder. D’autant que l’image d’une femme livrée à une arène de lions politiques, laissant passer les critiques et s’efforçant de tirer profit de l’alliance avec le SPD pour faire évoluer la frange réactionnaire de la CDU-CSU, paraît au fond peu conciliable avec l’âpre réalité des luttes de pouvoir au sein de son parti et de la Grande Coalition, suggérée par plusieurs allusions ("La chancelière ne serre les poings que lorsque les autres ne regardent pas. Mais, le plus souvent, la vengeance qui suit en est d’autant plus raffinée."). Peu compatible aussi avec le rapport de force latent qui la lie aux parlementaires et aux autorités des Länder, vexés d’être trop peu consultés sous prétexte de circonstances exceptionnelles.
Enfin, Margaret Heckel perd parfois de vue la chancellerie, à trop vouloir démontrer l’ampleur du danger pour valoriser le courage de celle qui s’y oppose, et s’attarde sur le déroulé de la crise financière et son impact en Allemagne jusqu’à paraître oublier l’objet même de son livre.
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