On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Jean-François Kahn lance un club de réflexion, le CREA (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives). À cette occasion, il s’exprime sur la nécessité d’une alternative politique tournée vers l’avenir, sur la crise actuelle et sur sa signification historique.
nonfiction.fr : Comment pourriez-vous définir le Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives ?
Jean-François Kahn : Dans sa forme, le CREA s’inspire de ce qu’a été, dans les années soixante, le club Jean Moulin. Ce club est né en 1958 avec l’ambition de proposer des alternatives politiques face à un gaullisme dominant. Il réunissait des responsables politiques, des hommes de presse et des acteurs économiques dont la réflexion conjointe a effectivement débouché sur des alternatives. Toutefois, sur le plan idéologique, le CREA sera quelque chose de tout à fait différent.
nonfiction.fr : Le contexte actuel vous semble donc similaire à celui des années soixante ?
Jean-François Kahn : Le moment que nous vivons est encore plus propice à l’élaboration d’alternatives ! Même si ce point n’est pas pour moi fondamental, je dirais que les deux moments historiques sont comparables parce qu’ils se caractérisent par un pouvoir dominant, par un parti dominant qui, d’une certaine manière, asphyxie le débat, sans qu’il y ait, en face, d’alternative vraiment crédible. Cela dit, je ne pousserai pas plus loin la comparaison. Moi, par exemple, à l’époque – et ma position serait toujours la même aujourd’hui – je n’étais pas dans une position consistant à dire : « Le gaullisme, c’est l’ennemi, et toute opposition au gaullisme est bonne. » Dans beaucoup de domaines, j’étais plus proche du gaullisme que ceux qui se définissaient comme des opposants au gaullisme. Pour moi, il y a une grande différence entre les deux périodes parce que le sarkozysme n’est pas réductible au gaullisme.
Ce qui est fondamental, dans le contexte actuel, c’est l’idée que deux modèles de société se sont effondrés. L’un, qui avait mis l’État au centre de tout, s’est effondré il y a une vingtaine d’années ; l’autre, qui avait mis l’argent et le profit immédiat au centre de tout, est en train de s’effondrer aujourd’hui. L’un et l’autre ont montré leurs limites, y compris morales. Et l’on sent bien qu’il y a une aspiration très forte, non pas unanime mais sans doute majoritaire, à inventer une alternative. Le seul objectif du CREA, c’est de travailler à la construction de cette alternative, mais il s’agit d’un objectif extrêmement large !
nonfiction.fr : Quelles formes pourrait prendre cette alternative ?
Jean-François Kahn : Elle ne mettra au centre ni l’État ni l’argent, mais l’Homme. Au-delà de ce principe de départ qui reste global et vague, il faut décliner l’ensemble des problèmes auxquels nous sommes confrontés : les déficits publics, les retraites, l’emploi, la croissance, l’immigration, la sécurité… Il faut réfléchir aussi à ce que l’on met derrière la notion de développement durable, au-delà des formules. Quel que soit le thème abordé, toute la question est de savoir si l’on peut inventer autre chose, au-delà des approches et des discours traditionnels qui ont fait faillite. Il s’agit d’un chantier ouvert à tous ceux qui le souhaitent, quelle que soit leur sensibilité, à condition qu’ils se situent dans le champ démocratique et républicain, et à condition qu’ils aspirent à un autre modèle de société…
14 commentaires
pierre boismay
pierre boismay
P
Karyagamie
ritchi
ritchi
C'est l'Art FIGUR'ACTIF, qui est figuratif, car nous avons hâte de participer à l'évolution de la société.