Newsletter

Pour s'abonner gratuitement à la newsletter hebdomadaire, indiquez votre adresse email :
ok

Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes.

Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.

Les idées sur le Web

Fondation Res Publica
Une fondation centrée sur le modèle républicain
L'antisémitisme et les mouvements de gauche
[mercredi 02 septembre 2009 - 19:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
L'antisémitisme à gauche. Histoire d'un paradoxe, de 1830 à nos jours
Michel Dreyfus
Éditeur : La Découverte
348 pages / 23 € sur
Résumé : Encore peu explorée dans ses formes et ses composantes, cet ouvrage nous présente une stimulante introduction à l'histoire de l'antisémitisme politique à gauche.
Page  1  2  3  4 

L'antisémitisme n'est pas le monopole d'une catégorie politique et l'engagement contre l'antisémitisme dans l'histoire de la gauche n'est pas un postulat qui va de soi. C'est sur cette constatation historique que Michel Dreyfus a réalisé cette étude synthétique – de 1830 à nos jours - sur les différentes formes d'antisémitismes situées à gauche de l'échiquier politique français, au sein des courants socialiste, marxiste, anarchiste, communiste, syndicaliste, etc. L'homme à gauche  n'était pas plus immunisé contre l'antisémitisme qu'aujourd'hui.

 

Le socialisme des imbéciles

Au dix-neuvième siècle, une certaine gauche reprit toute une série de poncifs antisémites existant dans des espaces politiques autres que le sien tout en y intégrant des éléments spécifiques provenant de son champ particulier. Elle fut à la fois passive, en se laissant " imprégner par l'antisémitisme virulent de la droite et de l'extrême-droite "  , mais aussi active en produisant ce que Auguste Bebel a nommé " le socialisme des imbéciles ", venant à son tour nourrir indifféremment les antisémitismes de tous bords.

Le discours antisémite a toujours ignoré les frontières politiques et sociales. Faut-il pour autant penser que l'homme de gauche  (ou  l'homme à gauche ) ait eu si peu d'intelligence et tant de préjugés, individuellement ou associé, pour qu'au moment où " les organisations ouvrières font leurs premiers pas : leur faiblesse, leur inexpérience contribuent à expliquer que de nombreux militants, socialistes et anarchistes notamment, se laissent séduire par les arguments antisémites "   et qu' " en l'absence de tradition, ayant tout à inventer, les premiers penseurs socialistes vont souvent reprendre à leur compte les stéréotypes de l'époque et les intégrer à leurs analyses "   ? Cette relative et discutable immaturité n'a pas empêché que " cette hostilité innove aussi sur plusieurs points " . Faut-il vraiment penser que l'homme de gauche ait eu tant de haine de l'autre pour que " durant ces années de formation, le socialisme utopique accaparé par l'analyse de la situation ouvrière se préoccupe peu de ces questions "   ? Faut-il penser qu'il a été un idiot culturel pour être si " peu à même de s'interroger sur ces idéologies nouvelles que sont nationalisme, xénophobie et antisémitisme "   ? Un certain nombre de penseurs allaient préparer les esprits à accepter et à intégrer l'antisémitisme - comme la xénophobie - à gauche.

 

Le Juif moderne, révolutionnaire et capitaliste

Après l'antijudaïsme d'orientation religieuse et athée, l'apparition du monde moderne allait engendrer l'antisémitisme en même temps que se développait le mouvement ouvrier avec son lot de prolétaires. A l'image moyenâgeuse du Juif comme peuple errant " déicide ", adepte de rituels morbides, fomenteur de révolutions (dont la Révolution française), usurier et profiteur, parasite de la société, viendra s'ajouter l'étiquette de l'exploiteur de la classe ouvrière, du " gros " bourgeois capitaliste et cosmopolite, maître de l'argent et des banques, avant de devenir celui de l'économie mondiale. A ce genre de stéréotypes, Michel Dreyfus démontre que ces Juifs " ne représentent qu'une toute petite partie de la société juive ", les " banquiers juifs sont bien moins nombreux que leurs rivaux catholiques ou protestants et le rôle des Juifs dans l'industrialisation de la France est faible " . Pourtant, "l'idée selon laquelle les Juifs sont les principaux profiteurs du capitalisme industriel et bancaire sera ressassée sous de multiples formes par les antisémites, le plus souvent de droite et d'extrême droite, mais aussi par de nombreux penseurs et militants de gauche et d'extrême gauche "  . Ces penseurs porteront le nom de Charles Fourrier, Pierre Leroux, Alphonse Toussenel, Auguste Blanqui, Gustave Tridon, Auguste Chirac, Pierre-Joseph Proudhon, etc.

Titre du livre : L'antisémitisme à gauche. Histoire d'un paradoxe, de 1830 à nos jours
Auteur : Michel Dreyfus
Éditeur : La Découverte
Date de publication : 27/08/09
N° ISBN : 9782707153012
Page  1  2  3  4 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

4 commentaires

Avatar

Michel Dreyfus (plus clair)

09/09/09 13:08


La critique de mon livre, tres detaillee et tres scrupuleuse de Valery Rasplus, a le grand merite de favoriser la discussion. Je me permets donc de revenir sur plusieurs points

Tout d'abord, la coïncidence est frappante entre l'apparition des premieres organisations socialiste et syndicales vers 1880 avec la naissance de l'antisemitisme moderne, symbolise par Drumont. La jeunesse de ces organisations n'est certainement pas la seule raison qui explique leurs nombreux derapages antisemites mais je persiste à penser que ce facteur a joue. Par ailleurs, les historiens du socialisme sont unanimes à penser que l'Affaire Dreyfus a modifie la vision des socialistes, toutes tendances confondues, qui se sont passes de la defense du " proletariat " — comme on disait alors — à une vision plus generale de la societe. Enfin, c'est aussi avec l'Affaire que certains militants perdent les illusions qu'ils pouvaient avoir sur le caractere "revolutionnaire " de l'antisemitisme.

Sur Proudhon, je renvoie au travail tres minutieux mais helas inacheve de Pierre Haubtmann, un des seuls à avoir etudie l'antisemitisme du penseur franc-comtois, que beaucoup oublient ou passent sous silence ; tout comme son mepris pour les femmes et sa haine à l'egard des etrangers. Proudhon tient parfois des propos antisemites tres violents mais ils restent pour l'essentiel d'ordre prive : il manifeste rarement son antisemitisme de façon publique. De plus, à la difference de Toussenel, il ne fait pas de l'antisemitisme un des fondements de sa pensee. Son animosite à l'egard de Marx l'a certainement conforte dans un antisemitisme dont l'etude generale reste à faire mais que je ne pouvais mener à bien dans le cadre de mon livre.
Sur l'antisemitisme de la gauche ou plutôt de l'extreme gauche au sujet du conflit israelo-palestinien, je ne sais que trop combien cette question est brûlante et difficile. Si je suis d'accord sur le fait que la denonciation du " sionisme " peut masquer un antisemitisme latent, je maintiens que cette critique n'est que le fait d'une petite minorite de responsables politiques : Pierre Andre Taguieff cite, à juste titre, des noms mais leur enonce plaide plutôt en faveur de leur caractere marginal. Aucune organisation d'extreme gauche, pour ne rien dire du PC, du PS et des Verts, ne tient un tel discours ; où alors, que l'on fournisse des citations !

Enfin Valery Rasplus regrette que je ne parle pas des reactions des militants de base. Cette critique rejoint dans une certaine mesure celle exprimee par Nicolas Weill dans Le Monde des livres (28 août 2009) qui me reproche d'avoir laisse " dans l'ombre l'opinion des ouvriers et des sympathisants ". J'ai pourtant partiellement aborde cette question dans mon livre. J'ai fourni des elements de reponse sur l'antisemitisme en milieu ouvrier durant l'Affaire Dreyfus (p. 91 et 111), chez les sympathisants socialistes pacifistes des annees 1930 (p.160), dans certains milieux professionnels au meme moment (p. 177), et autour du PCF à la Liberation ainsi que dans les annees 1960 (p. 188). Toutefois, je maintiens qu'il est difficile de repondre à cette question en raison de l'absence de sources ou du moins de la difficulte à en trouver. Il convient d'ailleurs de faire une difference entre les " sympathisants " des organisations politiques et le monde du travail qui, pour repondre à Nicolas Weill, n'est pas necessairement de gauche. Il faudra tenter de repondre de façon plus generale à la question de l'antisemitisme en milieu ouvrier mais j'ai dit dans mon ouvrage (p. 10) combien cette demarche depassait le cadre de mon travail. J'ai realise une synthese des formes d'antisemitisme ayant existe dans les diverses composantes de la gauche durant deux siecles : je tenterai peut-etre de mesurer leur influence dans le cadre d'un prochain ouvrage.

En conclusion, si je suis d'accord sur le fait que la principale responsabilite de la gauche reside peut-etre surtout dans la relative indifference dont elle fait preuve aujourd'hui en matiere d'antisemitisme, j'espere que mon livre l'aidera à reagir, à prendre conscience de la necessite de s'affronter à cette question et de combattre cette forme de haine, la plus ancienne de l'histoire de l'humanite.


Michel Dreyfus
Avatar

Arobase

09/09/09 11:42
La rédaction ne pourrait-elle pas corriger les commentaires afin qu'ils ne contiennent plus de caractères incompréhensibles, et que les commentaires eux le deviennent ?
Avatar

Michel Dreyfus

09/09/09 11:07





La critique de mon livre, très détaillée et très scrupuleuse de Valéry Rasplus, a le grand mérite de favoriser la discussion. Je me permets donc de revenir sur plusieurs points
Tout d'abord, la coïncidence est frappante entre l'apparition des premières organisations socialiste et syndicales vers 1880 avec la naissance de l'antisémitisme moderne, symbolisé par Drumont. La jeunesse de ces organisations n'est certainement pas la seule raison qui explique leurs nombreux dérapages antisémites mais je persiste à penser que ce facteur a joué. Par ailleurs, les historiens du socialisme sont unanimes à penser que l'Affaire Dreyfus a modifié la vision des socialistes, toutes tendances confondues, qui se sont passés de la défense du « prolétariat »  — comme on disait alors — à une vision plus générale de la société. Enfin, c'est aussi avec l'Affaire que certains militants perdent les illusions qu'ils pouvaient avoir sur le caractère « révolutionnaire » de l'antisémitisme.
Sur Proudhon, je renvoie au travail très minutieux mais hélas inachevé de Pierre Haubtmann, un des seuls à avoir étudié l'antisémitisme du penseur franc-comtois, que beaucoup oublient ou passent sous silence ; tout comme son mépris pour les femmes et sa haine à l'égard des étrangers. Proudhon tient parfois des propos antisémites très violents mais ils restent pour l'essentiel d'ordre privé : il manifeste rarement son antisémitisme de façon publique. De plus, à la différence de Toussenel, il ne fait pas de l'antisémitisme un des fondements de sa pensée. Son animosité à l'égard de Marx l'a certainement conforté dans un antisémitisme dont l'étude générale reste à faire mais que je ne pouvais mener à bien dans le cadre de mon livre.
Sur l'antisémitisme de la gauche ou plutôt de l'extrême gauche au sujet du conflit israélo-palestinien, je ne sais que trop combien cette question est brûlante et difficile. Si je suis d'accord sur le fait que la dénonciation du « sionisme » peut masquer un antisémitisme latent, je maintiens que cette critique n'est que le fait d'une petite minorité de responsables politiques : Pierre André Taguieff cite, à juste titre, des noms mais leur énoncé plaide plutôt en faveur de leur caractère marginal. Aucune organisation d'extrême gauche, pour ne rien dire du PC, du PS et des Verts, ne tient un tel discours ; où alors, que l'on fournisse des citations !
Enfin Valery Rasplus regrette que je ne parle pas des réactions des militants de base. Cette critique rejoint dans une certaine mesure celle exprimée par Nicolas Weill dans Le Monde des livres (28 août 2009) qui me reproche d'avoir laissé « dans l'ombre l'opinion des ouvriers et des sympathisants ». J'ai pourtant partiellement abordé cette question dans mon livre. J'ai fourni des éléments de réponse sur l'antisémitisme en milieu ouvrier durant l'Affaire Dreyfus (p. 91 et 111), chez les sympathisants socialistes pacifistes des années 1930 (p.160), dans certains milieux professionnels au même moment (p. 177), et autour du PCF à la Libération ainsi que dans les années 1960 (p. 188). Toutefois, je maintiens qu'il est difficile de répondre à cette question en raison de l'absence de sources ou du moins de la difficulté à en trouver. Il convient d'ailleurs de faire une différence entre les « sympathisants » des organisations politiques et le monde du travail qui, pour répondre à Nicolas Weill, n'est pas nécessairement de gauche. Il faudra tenter de répondre de façon plus générale à la question de l'antisémitisme en milieu ouvrier mais j'ai dit dans mon ouvrage (p. 10) combien cette démarche dépassait le cadre de mon travail. J'ai réalisé une synthèse des formes d'antisémitisme ayant existé dans les diverses composantes de la gauche durant deux siècles : je tenterai peut-être de mesurer leur influence dans le cadre d'un prochain ouvrage.
En conclusion, si je suis d'accord sur le fait que la principale responsabilité de la gauche réside peut-être surtout dans la relative indifférence dont elle fait preuve aujourd'hui en matière d'antisémitisme, j'espère que mon livre l'aidera à réagir, à prendre conscience de la nécessité de s'affronter à cette question et de combattre cette forme de haine, la plus ancienne de l'histoire de l'humanité.


Michel Dreyfus
Avatar

luc nemeth

05/09/09 09:32
Proudhon n'était pas seulement un antisémite invétéré : c'était aussi un misogyne indécrottable ! Reste à savoir si pour autant les anarchistes battaient leur femme le soir en rentrant chez eux...
Mais restons-en, à l'antisémitisme.
L'un des faits marquants, à l'occasion du tournant que constitua l'affaire Dreyfus, fut la montée au créneau du mouvement anarchiste (et de la minorité dite allemaniste du Parti socialiste). Même des auteurs mal disposés à l'égard de ce mouvement n'ont pu que le reconnaître. Et lorsque vingt-cinq ans plus tard au début de l'année 1923, on craignit une extension à d'autres pays européens du fascisme qui venait d'arriver au pouvoir en Italie, ce fut précisément l'affaire Dreyfus que Sébastien Faure donna en exemple, dans Le Libertaire, pour rappeler que l'Histoire est ce que nous en faisons, et que le pire n'est jamais une certitude :

"Nous avons vu, il y a quelques vingt-cinq ans, les bandes nationalistes et antisémites se ruer sur les passants, saccager les brasseries, les salles de réunion et les journaux, attaquer et assommer ceux qui ne criaient pas "Mort aux Juifs ! Et vive l'Armée !" Il a suffi que les anarchistes se dressent face à ces décerveleurs -nous n'étions, pourtant, que quelques centaines dans Paris, à cette époque- pour que ces fiers à bras rengainent leurs matraques et remisent leurs casse-têtes et leurs nerfs de boeuf".

Cette entrée en scène du mouvement anarchiste dès janvier 1898, et qui n'était pas vraiment attendue, est d'autant plus remarquable que jusqu'aux élections législatives du mois de mai, quoi qu'aient pu dire à ce propos les historiens stalino-mal-blanchis (Maitron, Rebérioux, etc.), le Parti socialiste eut pour préoccupation essentielle de ne pas se couper de la frange antisémite de l'électorat.
Quant à la CGT elle en était encore lors de son congrès annuel, à la fin du mois de septembre 1898, à présenter cette affaire comme un conflit entre Juifs et Chrétiens dans lequel "Nous, Travailleurs, (...), nous n'avons pas à prendre parti".
Mais c'est là ce que se garde bien de dire à ses malheureux lecteurs le nommé Michel Dreyfus, pion avancé de la CGT sur le terrain de la recherche, et déjà connu pour avoir commis une particulièrement servile Histoire de la CGT.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

RECHERCHER

ok
> Recherche avancée