Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Nouveau régime, nouvelle peinture
[jeudi 30 juillet 2009 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Les impressionnistes et la politique. Art et démocratie au XIXe siècle
Philip Nord
Éditeur : Tallandier
174 pages / 21,85 € sur
Résumé : Dans une synthèse courte et efficace, Philip Nord interroge l'évolution du mouvement impressionniste par le prisme de la politique.
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L’impressionnisme, "art officiel" de la République triomphante ?

Philip Nord observe un tournant favorable aux Impressionnistes sous le gouvernement de Gambetta (1881-1882). Jules Ferry autorise qu'une rétrospective consacrée à Manet ait lieu à l'École des beaux-arts en 1884, mais ce sont surtout les Expositions de 1889 et 1900 qui consacrent les Impressionnistes. Cette célébration officielle n'est pas surprenante : l'impressionnisme est devenu représentatif d'une modernité consensuelle. Cependant, alors qu'il est à son apogée, les chemins individuels divergent tant au plan artistique que privé.

Pendant que Degas et Renoir opèrent un net retour à la ligne et à des formes architecturées, des coteries apparaissent dans le groupe. Les relations entre artistes évoluent à mesure que le très antisémite Degas prend l'ascendant. Des rivalités personnelles, sans lien direct avec la politique, émergent. S'y ajoutent des différends alimentés par l'affaire Dreyfus : Renoir ne veut plus exposer avec Pissarro – "Rester avec l'Israélite Pissarro, c'est la Révolution" écrit-il à Charles Deudon. Les convictions anarchistes de Pissarro l'éloignent de ses anciens amis conservateurs. A l'inverse, Cézanne devenu bigot avec l'âge se brouille avec son ami d'enfance Zola. Enfin la question du rôle des femmes dans la société devient une pierre d'achoppement.

Finalement, plus qu'une cause des dissensions au sein du groupe, les désaccords politiques entre les artistes en seraient peut-être un catalyseur. L'histoire s'achève comme elle a commencé : les artistes, sans être véritablement acteurs, par leur peinture, des bouleversements politiques, sont des citoyens qui s'intéressent en tant que tels aux débats de l'époque, et la cohésion du groupe s'en ressent.

Cette conclusion de Philip Nord n'est pas très spectaculaire. Mais le cheminement n'en a pas moins été agréable, servi par un style fluide – malgré une traduction parfois un peu maladroite – et un recours à l'anecdote très justement dosé. En croisant des informations biographiques, des commentaires esthétiques, et en s'intéressant à la critique du temps, l'auteur restitue le récit de l'épanouissement du mouvement impressionniste et de sa chute paradoxale, alors même que chacun de ses représentants connaît individuellement un grand succès.
 

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