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Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Politiques de la mort : les envers funéraires du gouvernement représentatif en France (1814-1840)
[mardi 28 juillet 2009 - 10:00]
Histoire
Couverture ouvrage
La France des larmes. Deuils politiques à l'âge romantique (1814-1840)
Emmanuel Fureix
Éditeur : Champ Vallon
501 pages / 28,51 € sur
Résumé : Entre 1814 et 1840, le culte des grands hommes, héros ou martyrs, devient un moyen privilégié de communication et d’expression politique.
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L’histoire de la mort n’est plus tout à fait une jeune fille. Depuis les travaux de Philippe Ariès, nombre d’historiens ont interrogé eux aussi les perceptions, les modalités ou les traductions monumentales de notre fin commune, et qui pourtant varie selon les époques, les lieux et les milieux. La mort est plurielle, et les morts sont presque toujours différents : un cadavre n’est jamais socialement neutre, pas plus que ne le sont funérailles et deuil, mais aux dimensions proprement sociales – ou sociétales – de la mort vient s’ajouter, dans le cas des personnages publics ou des personnalités officielles, une dimension politique. De l’exposition à la levée du corps et du cortège funèbre à l’inhumation, une fenêtre s’ouvre parfois par où peut jaillir, tandis que se ferment la bière et la fosse, un discours des vivants sur et à partir des morts, porteur mais aussi producteur de croyances et de représentations qui informent l’espace public. Funérailles royales ou princières, panthéonisations, monuments aux morts : l’histoire de la mort n’a certes pas ignoré la dimension politique de certains deuils, mais l’ouvrage d’Emmanuel Fureix est le premier qui procède à une comparaison systématique à partir d’un échantillon aussi large  , et restitue à chacun, dans le Paris des monarchies censitaires, sa signification particulière.

Plus qu’un simple malaise en effet, la Restauration et la monarchie de Juillet subissent une crise de représentation qui rend critique leur légitimité, qui les pousse à ordonner des deuils officiels mais qui contribue surtout à alimenter, chez les « exclus » du cens ou de l’exercice du pouvoir, des formes de protestation qui trouvent elles aussi à s’exprimer à travers des mises en scène de la mort reposant sur des modes concurrents d’exploitation de la douleur. La perception nouvelle des morts, dépossédés d’un corps dissimulé aux regards du public, et la codification des rites funéraires, héritée de l’Empire, façonnent ainsi un imaginaire et des pratiques théâtralisées de la mort qui trouvent à se déployer au cœur de la ville, avec pour destination finale un lieu de mémoire ou, le plus souvent – dans la majorité des cas, en fait – la nécropole du Père-Lachaise, cimetière « bleu »  . Le mort se fait ainsi porte-parole, son cercueil ou sa tombe tribune des vivants, alimentant d’ailleurs chez les autorités une crainte quasi obsessionnelle du complot funéraire.

           L’un des grands mérites d’Emmanuel Fureix est de livrer dans cet ouvrage une typologie opératoire des deuils politiques, avec, du côté du pouvoir en place, les deuils de souveraineté, et du côté des « exclus », les deuils protestataires. Cette typologie ne prend sens pour la période – 1814-1840 – qu’à condition de comprendre le Paris de l’époque, champ privilégié de l’affrontement entre des mémoires antagonistes de la Révolution, où la Restauration manque d’ancrer sa politique expiatoire, et où la monarchie de Juillet ne parvient pas davantage à fixer les cadres d’une sacralité nouvelle. Mémoires des « martyrs » Louis XVI ((« Saint Louis II ») et Marie-Antoinette, funérailles de Louis XVIII (1824) ou du duc de Berry (1820), martyrs de Juillet ou captation manquée de l’héritage napoléonien par Louis-Philippe avec le Retour des cendres en 1840 : aucun de ses sujets n’avait encore fait l’objet d’une étude aussi aboutie, aussi complète et aussi précise que celle conduite par Emmanuel Fureix. L’auteur réfute ainsi le prétendu fanatisme expiatoire des Bourbons, autant que la radicalité de leur conservatisme, en montrant comment le pouvoir royal sous la Restauration s’exerce, d’abord et avant tout, en faveur d’un intérêt dynastique qui s’accompagne en pratique d’un pragmatisme tempéré. Il parvient, de la même façon, à restituer au caractère conflictuel de la sacralité politique après 1830 toute sa complexité, en analysant ces fêtes en l’honneur des morts de Juillet qui sont à la fois fêtes de fondation et fêtes de clôture, avant la fermeture accélérée après l’insurrection des 5-6 juin 1832, et symbolisée par la cérémonie en l’honneur des victimes de l’attentat Fieschi (3 août 1835).

Titre du livre : La France des larmes. Deuils politiques à l'âge romantique (1814-1840)
Auteur : Emmanuel Fureix
Éditeur : Champ Vallon
Collection : Epoques
Date de publication : 30/01/09
N° ISBN : 2876734974
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