On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Des leçons intéressantes
Ces évolutions techniques et conceptuelles ont des répercussions profondes. L'une est une relative limitation de l'autorité des experts, et leur constante remise en cause. Dans les domaines où des « expériences » peuvent être menées rapidement et à moindre coût, les affirmations de spécialistes « reconnus » peuvent constamment être remises en cause par des outsiders inexpérimentés, qui peuvent maintenant prouver qu'ils ont raison (si c'est le cas). Ayres en donne de nombreux exemples, allant de la prédiction de la qualité des millésimes à celle de la réussite commerciale de scénarios de films.
Parallèlement, un phénomène général émerge, presque universel et bien documenté : les experts humains ont une capacité limitée à traiter des phénomènes où interviennent plus d'une demi-douzaine de paramètres, leurs prédictions sont facilement améliorées par des programmes informatiques simples. Le livre décrit une série impressionnante d'activités où ce phénomène se produit. Pour des activités véritablement complexes, comme le diagnostic de maladies rares, l'ordinateur, qui peut accéder à des bases de données décrivant des millions de cas, a un avantage décisif sur le médecin qui n'a pu rencontrer qu'une petite fraction des milliers de pathologies possibles.
Un autre phénomène frappant, bien documenté aussi, est la tendance générale des experts humains à surévaluer leurs propres capacités d'analyse.
L'auteur ne prédit pourtant pas la disparition des experts humains et leur remplacement par des programmes informatiques. Mais bien l'apparition d'une nouvelle catégorie d'experts, qui seront mieux à même d'utiliser de vastes bases de données et des outils statistiques élaborés pour appuyer leurs propres capacités d'analyse et pour fonder et vérifier leurs intuitions. Pour la médecine, il n'est pas question de disparition du médecin, mais peut-être d'une évolution de son activité, plus centrée sur l'observation du patient et sur la description de ses symptômes, le diagnostic et le traitement étant ensuite suggérés par un ordinateur. Le « Dr House » moderne existe – ou est sur le point d'exister – mais c'est un ordinateur...
Quelles conséquences en tirer ?
Le contenu de ce livre conduit, si on l'accepte, à des conséquences profondes. Sur l'enseignement d'abord, en particulier l'enseignement supérieur. Le développement d'internet tend à dévaloriser les connaissances – l'information est maintenant immédiatement accessible – au profit des compétences. Mais l'utilisation de vastes bases de données et d'outils statistiques nécessite une gamme de compétences mathématiques élémentaires. Ceux qui devront participer à la mise au point de ces outils, ou qui voudront garder un recul critique et pouvoir les analyser, devront maîtriser des outils conceptuels autrement plus élaborés.
Ce livre laissera peu de lecteurs indifférents. Certains le trouveront passionnant et enthousiasmant, d'autres profondément irritant, superficiel et trop prévisible, déterministe, voire réductionniste. Mais la réalité qu'il décrit mérite d'être connue et comprise, et ses analyses d'être prises au sérieux, que ce soit pour les accepter ou pour les réfuter![]()
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