On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’étude de l’Histoire dans les universités oblige les étudiants à savoir analyser les sources qu’ils traitent. Parmi ces sources, les mémoires ou les journaux de bord sont très particuliers : l’auteur y note les éléments qu’il a pu observer durant un épisode de sa vie ou bien même, durant toute son existence ; il fait un tri parmi ses souvenirs, sélectionne volontairement ou pas ceux qui l’a envie d’énumérer ; il omet également certains éléments par oubli ou par secret, etc. Enfin, l’auteur d’un tel document met en avant sa propre geste, il est le héros de son journal.
Une analyse de ce type de source convient donc parfaitement à des documents d’âge séculaire. Pourtant, face au Journal de Kaboul du lieutenant-colonel Geoffroy de Larouzière-Montlosier, le lecteur se retrouve face à ouvrage atypique : rédigé au jour le jour et publié cinq ans environ après les événements observés, le journal de bord de cet officier, commandant du 1er Régiment de tirailleurs engagé par la France en Afghanistan, sous commandement de l’OTAN, regorge de faits de la vie quotidienne, de souvenirs émus ou déçus, de fratrie militaire et de références culturelles renvoyant aux origines sociales de son auteur.
Le contexte de la rédaction est aussi celui d’un pays fraîchement libéré du régime des Talibans, dont la chute, fin 2001, fut programmée suite aux attentats spectaculaires du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center de New York. Les soldats français, engagés par décision du président Jacques Chirac pout maintenir l’ordre dans le pays, constituent un bataillon fort de 450 hommes présents en terre afghane de septembre 2003 à juin 2004. Entre temps, l’invasion et la chute du régime de Saddam Hussein en Irak au printemps 2003, le contexte mondial de lutte contre le terrorisme, la diffusion de l’idée de « choc des civilisations » avancée par Samuel Huntington entre l’Occident et le monde arabo-musulman, constituent des facteurs extérieurs à prendre en compte lorsqu’on lit un carnet de bord rédigé par un militaire français engagé dans un environnement qui lui est étranger.
Une partie de campagne
Le journal de bord de l’officier français est avant tout ancré dans une réalité martiale, qui se ressent autant dans le style d’écriture que dans la relation des faits. Régulièrement, l’auteur fait part de la vie de son bataillon au quotidien : opérations de nuit dans Kaboul et de sécurisation de l’aéroport , épisodes réguliers de déminage des routes et des champs, etc. Sans surprise, la vie du bataillon est le principal axe du récit, ce qui à la fois fournit des informations, même partielles, sur le comportement des soldats et plus particulièrement du « chef » durant les opérations ou pendant la vie de caserne.
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