On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Existe-t-il entre Kant et le chimpanzé un fossé infranchissable, la culture constituant une réalité autonome, irréductible à telle ou telle contrainte psychologique ou biologique ? Ou bien les "réalisations" les plus élevées de l’homme, comme l’esthétique et la morale, plongent-elles leurs racines dans le terreau de la nature ? Le mérite de G. Chapouthier, dans cet ouvrage bref, est de parvenir à passionner le lecteur à propos de questions fondamentales. Ce résultat s’explique par son constant souci de clarté mais aussi, tout en défendant de façon convaincante un point de vue, par sa volonté de ne caricaturer aucune position.
On sait l’intérêt de l’auteur pour les questions touchant au statut des animaux, questions dont il est un spécialiste incontesté. Les présentes réflexions se fondent sur les idées défendues dans ses précédents ouvrages, mais elles vont bien au-delà. Au fond, la conception de l’animal-objet, contre laquelle G. Chapouthier a utilement ferraillé, révèle les présupposés d’une idéologie anti-naturaliste dont nous n’avons pas encore réellement triomphé. Il est pourtant communément admis que l’homme est le résultat d’évolutions successives dont les traits physiques et psychiques portent la marque biologique caractéristique de la complexité : dans un ouvrage antérieur important , l’auteur a exprimé cette réalité en évoquant une construction en mosaïque "où les propriétés de l’ensemble n’excluent pas pour autant les propriétés et une certaine autonomie des parties" . Ce cerveau et cette pensée complexes se sont néanmoins construits sur les mêmes bases que le reste du monde vivant.
Il est donc déraisonnable de déduire, du fait que seul l’homme dispose d’une pensée abstraite, qu’il existerait une coupure radicale entre humanité et animalité. G .Chapouthier, citant les travaux de F. Tinland et, avant lui, de L. Bolk (1866-1930), rappelle que l’homme est un animal néoténique . L’évolution conserve, en effet, des caractères morphologiques manifestés par les autres primates à un moment donné de leur développement ontogénique. Ce processus néoténique semble bien faire partie de la nature essentielle de l’homme en tant qu’organisme, dans la mesure où morphologie et cerveau apparaissent, sous cet angle, fonctionnellement liés. Au caractère non spécialisé de la forme humaine correspond l’indétermination (ou labilité), souvent soulignée, de certains territoires cérébraux. Cette indétermination apparaît comme le produit de la lenteur de la maturation du cerveau humain et elle explique largement que l’homme soit devenu le "maître des artifices".
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