On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Mais ces défauts nous paraissent presque résiduels en comparaison de ceux que donne malheureusement à voir la seconde partie de l’étude consacrée à un examen des pensées écologistes et des éthiques environnementales contemporaines, dont on aurait aimé que l’auteur leur consacre autant de soin, d’attention et de temps qu’il en a consacré, avec de si beaux résultats, à la pensée de Jürgen Habermas. Partout les lacunes et les insuffisances de l’information sont criantes. La typologie qui est proposée des diverses éthiques environnementales est inadéquate. La genèse de ce courant philosophique est mal restituée. Le concept de valeur intrinsèque – qui est au centre de toutes les élaborations des éthiques environnementales, y compris de celles qui multiplient les efforts pour dépasser la dichotomie entre valeur instrumentale et valeur intrinsèque – est mal élucidé. La force et le sens exact de l’objection des cas marginaux, qui a joué un rôle capital dans la formation des problématiques en éthique environnementale, n’ont pas été bien saisis. La doctrine de certains auteurs majeurs est méconnue, ou est rendue méconnaissable (notamment celle de Rolston et celle de Naess). D’étranges confusions sont commises (entre éthique environnementale et éthique animale, entre théorie des droits des animaux et théorie de la libération animale, etc.). Certains silences ne manquent pas d’étonner (pas un mot sur Joel Feinberg ou Tom Regan, rien sur l’éthique des vertus, rien non plus sur la justice environnementale).
Enfin et surtout, il nous semble incompréhensible qu’un auteur de l’envergure de Bryan Norton ne soit jamais examiné dans cette étude – et au-delà de lui, tout le courant du pragmatisme environnemental dont il est la figure de proue –, alors même que ses travaux, sous de nombreux aspects, se situent au cœur des problèmes qui sont examinés par Nicolas de Longeaux.
Non seulement Bryan Norton s’interroge expressément, et depuis le début de sa carrière, sur les conditions sous lesquelles l’éthique environnementale est susceptible de connaître une application politique, mais la référence à Jürgen Habermas joue dans son entreprise un rôle déterminant, comme l’atteste son dernier livre, qui est assurément l’un des livres d’écologie politique les plus marquants de la dernière décennie, Sustainability , paru il y a déjà quatre ans, lequel, lui non plus, ne fait l’objet d’aucune mention. Comment, dans de telles conditions, reconnaître aux conclusions que tire l’auteur une valeur réellement démonstrative ?
5 commentaires
bugin
Le libéralisme qu'énnoncé les premiers libéraux ne pouvais pas prendre en compte cette question dans la mesure ou la méga-machine ne faisait que naitre et semblait encore pleine de promesse pour la libération des humains dans leur restriction géographique et leur labeur. Ce n'est donc pas in fine dans le libéralisme des premiers age que se situe le problème, mais dans le système technicien.
Si cette perspective vous intéresse, je vous conseille les livres de Bernard Charbonneau.
Leridan
Afeissa Hicham-Stéphane
Le ton - fait remarquer Bardamu - est étrangement contrasté. Mais c'est que le livre l'est tout autant! J'ai songé en le lisant (comparaison flatteuse) à l'excellent "Anti-Oedipe" de Deleuze-Guattari où Lacan est étrangement écarté de la confrontation directe avec la psychanalyse, et où l'on cite plus volontiers Mélanie Klein que Freud - on a le sentiment que le livre passe un peu à côté de son sujet, ou encore qu'il réalise autre chose que ce qu'il annonce. C'est ce que j'ai voulu dire ici : soustraire à la discussion le pragmatisme environnemental affaiblit terriblement la valeur de la démonstration.
Bardamu
Tolk