On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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"C'était jour de marché ; on avait de la boue jusqu'aux chevilles ; une épaisse vapeur se dégageait du corps des bestiaux, et se confondait avec le brouillard dans lequel disparaissaient les cheminées. Tous les parcs, au milieu de cette vaste enceinte, étaient pleins de moutons ; on avait même ajouté un grand nombre de parcs provisoires, et une multitude de bœufs et de bestiaux de toutes sortes étaient attachés, en files interminables, à des poteaux le long du ruisseau ; paysans, bouchers, marchands ambulants, enfants, voleurs, flâneurs, vagabonds de toutes sortes, mêlés et confondus, formaient une masse confuse. Le sifflement des bouviers, l'aboiement des chiens, le beuglement des bœufs, le bêlement des moutons, le grognement des porcs ; les cris des marchands ambulants, les exclamations, les jurements, les querelles, le son des cloches et les éclats de voix qui partaient de chaque taverne, le bruit de gens qui vont et viennent, qui se poussent, se battent, crient et hurlent ; le brouhaha du marché, le mouvement de tant d'hommes à la figure sale et repoussante, à la barbe inculte, se démenant en tout sens, se coudoyant et se heurtant, tout contribuait à vous assourdir : il y avait vraiment de quoi être ahuri."
Cette célèbre description d’un marché aux bestiaux au XIXe siècle en Angleterre est issue du chapitre 21 d’Oliver Twist de Dickens, dans la belle traduction qu’en donne Sylvère Monod. Le piétinement des hommes, les gémissements des bestiaux parqués dans des enclos de stabulation, pataugeant dans la boue et les excréments, que l’on imagine aisément épuisés, affamés, apeurés – telles étaient alors les conditions brutales réservées aux bestiaux que les marchands acheminaient. Les choses ont-elles bien changé depuis ?
On voudrait le croire, on aimerait pouvoir s’en persuader. Le livre de témoignage et de conviction de Jean-Luc Daub portant sur les conditions sous lesquelles les animaux sont tués dans les abattoirs français qu’il a eu l’occasion de contrôler durant une quinzaine d’années, en tant qu’enquêteur missionné par des associations de défense des animaux, apporte la démonstration du contraire : ces bêtes qu’on abat sont le plus souvent soumises à une brutalité inouïe, de leur arrivage sur les quais de l’abattoir, où elles sont déchargées sans ménagement et – au besoin – avec un treuil, au piège de contention où elles sont censées être immobilisées pour être "étourdies", puis saignées, mais où, trop souvent, rien ne se passe comme cela devrait se faire, c’est-à-dire conformément à la réglementation en matière de protection animale actuellement en vigueur.
3 commentaires
jaquis
Véjédi
Estiva
Merci à H.-S Afeissa de contribuer ainsi à faire connaître ce livre et la réalité dont il rend compte.
Les abattoirs français, ceux que J.L. Daub a visité pendant des années, tuent un milliard d'animaux par an.