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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Pourquoi la démocratie? Parce que!
[mardi 23 juin 2009 - 05:00]

"Pourquoi la démocratie?" La revue Vacarme se frotte à la difficile question dans son dernier numéro. La perspective se présente comme "franchement positive", affirmant dès le titre du dossier la "puissance de la démocratie".

L’avant-propos, censé fournir une orientation générale au "chantier" qui suit, évide un à un les griefs faits à la belle idée de démocratie. Vincent Casanova et Stany Grelet, les maîtres d'oeuvre de ce numéro, dégagent une essence idéalisée du concept, toujours opératoire lorsqu’il ne se réalise pas dans le bourbier de la réalité. Pourtant, il est bien affirmé que "la démocratie n’est pas une question de principe gouvernemental, mais d’existence collective". On croise la réalité de "l’existence collective" au cours de ce dossier : à travers les questions du travail ("Travaux dirigés", par Irène Favier), de l’école ("éducation civique", par Caroline Izambert et Victoire Patouillard), ou de l’immigration ("de la langue à la parole", par Cécile Canut). La contradiction naît d’une indétermination initiale de l’objet démocratie. Le concept, glissant, brûlant, est certes malaisé à appréhender, mais comment ne pas passer par ce stade, premier dans tous les sens du terme ? 

Miguel Abensur, Jacques Rancière et Jean-Luc Nancy avancent des hypothèses dans le grand entretien qui ouvre le numéro, sans pour autant répondre à notre soif de caractérisation. Si les interventions des philosophes sont parfois lumineuses, on regrette l’absence de dialogue entre ces trois pensées, profondes, de la démocratie. Les auteurs ont souhaité répondre par écrit, séparément, aux questions de la rédaction.

L'objectif proclamé du dossier consiste à "ouvrir un champ de possibilités militantes", et non à "construire quelque théorie politique supplémentaire". Et si les multiples voies du militantisme avaient plus que jamais besoin d’une théorisation politique ? Et s’il était vain de les opposer ? La nature multiforme de Vacarme, qui se définit par la zone trouble de l'entre-deux : "entre art et politique, savant et militant, magazine et revue", tout comme le terme qui caractérise le dossier : "chantier", ne sont pas étrangers à cette fluctuation de sens concernant l'objet analysé dans ces pages. Les tâtonnements autour de la démocratie relèvent d'une stratégie assumée, celle d'une entreprise dynamique (d'une entre-prise?), une énergie militante qui saurait échapper aux appréhensions fermées, scolaires, didactiques.

Affirmer la puissance d'un concept et substituer au "quoi ?" le "pourquoi ?" initial : ces options permettent un déplacement, une force de proposition riche ; mais laisser non identifié le concept clé tout au long du cheminement, cela reste frustrant, voire suspect : de quoi parle-t-on quand il est question de démocratie ? Frustrant, parce que le trésor imaginé, l'objet de tous les désirs, est évanescent, impénétrable ; suspect, parce que l’affirmation de puissance sonne alors creux, idéologique au sens le plus péjoratif. L’idée que la puissance de la démocratie ne puisse être révélée que par l'indétermination du terme n'est pas satisfaisante. Grâce à l’injonction égalitaire, la démocratie constitue un instrument de l’émancipation. C'est entendu, mais battons-nous pour elle en nous étant compris sur le mot (l’idée), et la chose (les modalités de sa mise en œuvre).

 

* Revue Vacarme, numéro 48, été 2009, chantier : "Puissance de la démocratie"

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