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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Portrait de l’historien en jeune homme, en communiste, en syndicaliste
[vendredi 19 juin 2009 - 15:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Un jour de l'été 1942 ... Souvenirs d'un historien
Jean-Jacques Becker
Éditeur : Larousse
380 pages / 18,53 € sur
Résumé : Les 'Souvenirs' d’un historien de la Grande Guerre.
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Un historien rencontre, au hasard de ses recherches, de ses lectures, des questions récurrentes qui  lui offrent des passerelles vers la philosophie, la sociologie ou la littérature. Le lien entre les idées politiques et leur mise en œuvre, la cohérence d’une époque ou au contraire la coexistence, en un temps donné, de plusieurs régimes d’historicité, sont de ce nombre, comme le rapport de l’individuel au collectif. En quoi les changements de régimes ou les crises économiques ont-ils bouleversé, par exemple, la vie et les représentations d’une paysanne berrichonne du XIXème siècle ? Ou, plus classiquement, en quoi les décisions prises par un dirigeant politique tenaient-elles à sa personnalité propre, plus qu’à un air du temps ? C’est souvent pour répondre encore et autrement à ce type de questions que les historiens sacrifient aux autobiographies ou aux Mémoires. On ne se refait pas ! Après avoir pesé au trébuchet le poids des événements sur les hommes, et des hommes sur les événements, quel meilleur champ d’observation rétrospective que sa propre existence, quand ses principaux caractères sont définitivement fixés ? En demandant à Maurice Agulhon, Pierre Chaunu, Georges Duby, Raoul Girardet, Jacques Le Goff, Michelle Perrot et René Rémond d’écrire leur ego-histoire au mitan des années 1980, Pierre Nora les avait ainsi invité à « expliciter, en historien » le rapport entre l’histoire qu’ils avaient faite et celle qui les avaient faits  . La vague s’est gonflée depuis lors, de ces introspections historiennes au statut textuel mal défini  . L’engagement des historiens en politique dans la France du second XXème siècle fait même l’objet d’une thèse de doctorat qui devrait être soutenue à Sciences-Po Paris  . Le livre de Jean-Jacques Becker prend donc place dans une tradition historiographique récente, mais déjà solide, qui veut que les historiens soient eux-mêmes objets d’histoire   et se considèrent comme tels. En l’espèce, un des meilleurs spécialistes de l’histoire des opinions publiques, de la Grande Guerre et de la vie politique française au XXème siècle, se fait l’analyste de son propre parcours.
      
Une famille française dans le Paris des années 1930

L’existence de Jean-Jacques Becker est d’abord celle d’un petit Parisien. Il ne devait faire en effet l’expérience du monde rural « pour la première fois (et la dernière) de [s]a vie»   qu’à l’été 1941. Né au printemps 1928, il vit d’abord dans le 11ème, puis dans le 3ème arrondissement de Paris, le « Marais des pauvres » ou des classes moyennes d’alors. Sa famille appartient à cette catégorie de Juifs profondément laïcs mais dont la culture et les usages conservent la marque de la plus ancienne religion du Livre. Ses grands-parents n’auraient ainsi pas imaginé d’unions hors de la communauté juive pour leur progéniture, mais se marier entre soi ne signifiait pas nécessairement qu’on rejetait la culture politique dominante. Jean-Jacques Becker se souvient au contraire que sa famille manifestait dans les années 1930 une forme d’hostilité discrète aux immigrés juifs récemment arrivés en France, et qui n’avaient pas eu le temps –ou le désir-, eux, de se « fondre dans le paysage » hexagonal. On peut imaginer ce que la persécution des années d’Occupation représenta pour la famille Becker. Face à une autorité qui les renvoyait à une identité prétendument honteuse, ces Français-là purent avoir le sentiment d’une injustice mais aussi nourrir le souhait d’une rupture définitive avec leur judéité, à la Libération. L’adhésion au Parti communiste en ouvrait à certains le chemin. Jean-Jacques Becker ne dit rien d’autre quand il reconnaît qu’ « en devenant communiste la page était tournée, on cessait d’être juifs    ». Son ouvrage s’articule autour de trois « expériences » où son itinéraire semble avoir rencontré la « grande Histoire collective » : la Seconde Guerre mondiale, l’engagement en communisme et le militantisme après la Libération, enfin les événements de mai 1968 et leur sillage dans les années 1970.

Titre du livre : Un jour de l'été 1942 ... Souvenirs d'un historien
Auteur : Jean-Jacques Becker
Éditeur : Larousse
Date de publication : 18/03/09
N° ISBN : 2035839890
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