La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Un siècle de NRF
[jeudi 11 juin 2009 - 16:00]
Littérature
Couverture ouvrage
L'oeil de la NRF : Cent livres pour un siècle
Éditeur : Gallimard
Résumé : Cette sélection de critiques des grandes plumes de la NRF offre un riche panorama sur un siècle de littérature et un excellent tremplin vers d’autres lectures.
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Ces différentes lectures sont avant tout un espace de rencontre, de frottement entre deux sensibilités singulières, celle de l’auteur et celle du critique. Chez Michel Leiris, la fascination pour la corrida est perceptible dans sa critique d’un livre d’Hemingway, Mort dans l’après midi, qu’il décrit comme une « introduction à la tauromachie à l’usage d’un public lettré ». Six ans plus tard, en 45, il écrit son texte, De la littérature considérée comme tauromachie, où il réitère sa description de la corrida comme spectacle tragique. En 1959, cinq ans après la parution d’Histoire d’O, Dominique Aury, interroge dans sa critique de Lolita le lien entre littérature et scandale. Sartre, dans une ardue et belle critique sur Sartoris, explore la question de la conscience chez Faulkner. Mais on a parfois plus le sentiment d’assister à un détournement, une indélicate effraction qu’à une rencontre: ainsi Denis de Rougemont tord Le Procès de Kafka dans le sens de la théologie chrétienne, et achève sa critique par un appel à la foi au Christ où on a bien perdu de vue Kafka.

Car ces critiques comprennent aussi leur cliché, leur snobisme, leurs ridicules et leurs longueurs emphatiques : par exemple Ramon Fernandez distinguant le Lord Jim de Conrad comme un des « romans les plus satisfaisants de la littérature contemporaine. » A mon sens, « satisfaisant » qualifierait mieux le bulletin de fin de trimestre de l’élève médiocre en progrès que l’un des plus grands romans du XX ème siècle. Certains ne peuvent pas résister à finir leur critique sur une note grandiloquente. Ringards parfois, les ténors de la « nénéref » ainsi que l’appelait Céline. Il n’y a qu’à voir l’accueil que Marcel Arland, alors co-directeur de la NRF réserve à Bonjour Tristesse de Françoise Sagan : « C’est charmant….c’est tout à fait charmant », « une pointe de Claudine une autre de Radiguet… ça et là ces petites licences de syntaxe ou d’orthographe par où un jeune auteur entend marquer sans doute qu’il a quitté le collège », « Il n’en reste pas moins que l’auteur nous désarme » reconnaît quand même Arland qui n’a l’air rien moins que désarmé. Et même ces formules les plus heureuses sont entachées de condescendance  comme ce « cocktail aussi délicat et vif, aussi complexe qu’on peut le souhaiter d’une jeune fille. » par lequel il désigne le livre.

Ces critiques nous livrent aussi des informations sur la réception des textes : l’ampleur du scandale qu’a soulevé la sortie de Lolita, les résistances à l’attribution du Goncourt pour A l’Ombre des jeunes filles en fleurs. Plus étonnant, le billet laconique de Jean Guérin alias Jean Paulhan sur Fin de partie, qui s’achève sur ces mots : « Ce drame un peu noir a rencontré à Londres le contraire d’un succès d’estime : la critique est sévère, mais les spectateurs attentifs. » C’est curieux, on aurait plutôt dit le contraire. Surprenant Benjamin Crémieux, qui loue A l’Ouest Rien de Nouveau mais trouve étrange et peu vraisemblable que le héros y déteste autant la guerre. « Un jeune homme de dix-huit ans, même sans lyrisme, n’était pas malheureux à la guerre ; ou du moins ne l’était pas aussi profondément, aussi continûment… » Mais mis à part quelques exceptions (Nizan), les critiques sont écrites à l’écart de l’Histoire, fidèlement à la ligne impulsée par les fondateurs de la NRF. Quand celle-ci apparaît, c’est de manière feutrée, au détour d’allusions, comme chez Leiris qui rappelle tristement à la fin de sa critique sur Mort dans l’après midi, écrite en 39, que six ans ont passé depuis la parution de Death in the Afternoon, et que le livre dépeint une Espagne qui n’est plus.

Camille KOSKAS
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Titre du livre : L'oeil de la NRF : Cent livres pour un siècle
Auteur : Louis Chevaillier
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 2070361098
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