On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Alexandre Mirlesse est l'auteur d'un livre d'entretien sur l'Europe, intitulée En attendant l'Europe (La Contre Allée, 2009).
Nonfiction.fr : Pourquoi avez vous souhaité faire ce tour d’Europe pendant un an?
Alexandre Mirlesse : D’abord parce que j’appartiens à une famille vraiment "européenne" ! Avec un grand-père russe, une grand-mère italienne, des parents cosmopolites et des cousins dans presque chaque pays d’Europe, j’ai eu la chance d’entendre dès mon enfance d’autres langues et une autre histoire que celle qu’on m’enseignait à l’école française. Cette histoire familiale, j’ai souvent eu l’occasion de l’explorer pendant mon voyage : par exemple à Lodz, où mes ancêtres allemands avaient créé un empire industriel détruit par la crise de 1929 ; ou dans le cimetière juif de Chisinau, où reposent plusieurs des treize frères et sœurs de mon arrière-grand-père, expulsé de Russie en 1905…
Mon éducation, au sens large, m’a donné le goût du voyage et une grande curiosité pour l’Europe – occidentale et orientale –, en particulier pour son histoire et sa littérature. C’est pourquoi je suis parti explorer l’Europe, seul ou avec quelques amis, dès que j’en ai eu l’occasion. Je l’ai fait après mon bac, en 2003, puis après le concours de la rue d’Ulm en 2005 ; en 2006, j’ai même passé un semestre d’échange à Vienne. Chaque voyage apportait son lot de découvertes : la fête berlinoise, la Mitteleuropa et son passé impérial, la mosaïque des Balkans… et, à chaque fois, je sentais qu’il fallait "y revenir" pour plus longtemps.
Ce qui m’a décidé à faire le pas, à partir pendant un an, c’est le travail passionnant que j’ai commencé à l’été 2006 en rejoignant Notre Europe, le groupe de recherche dirigé par Jacques Delors. C’était l’époque, de la "pause de réflexion" qui a suivi le rejet de la Constitution par les Français et les Néerlandais. Dans les milieux européens, on s’interrogeait sur le " sens perdu" de la construction européenne ; on débattait beaucoup de "l’identité européenne" et de l’avenir de la communauté. Pour renouveler ce débat dominé par les "experts" de l’Europe, nous avions décidé d’interroger des personnalités de tous horizons sur leur vision de l’Europe : des responsables politiques, mais surtout des intellectuels et des artistes, qui avaient été amenés par leurs origines, leur parcours ou leurs œuvres à s’interroger sur l’Europe. Cette forme d’enquête "à hauteur d’homme" m’a plu ; très vite, j’ai compris que ce serait le fil conducteur de mon voyage.
Nonfiction.fr : Avez-vous découvert pendant votre voyage le fil rouge de l’identité européenne ?
Alexandre Mirlesse : Absolument ! Ce fil rouge, c’est un certain inconfort intellectuel. Je dois vous faire une confidence : je suis très mal à l’aise avec le concept d’"identité européenne". Pour moi, c’est au mieux un oxymore, une contradiction dans les termes ; au pire, une machine de guerre théorique pour justifier le rejet de l’autre. Malheureusement, c’est aussi une expression très répandue ; dans la conversation courante, on n’a pas d’autre choix que de l’employer. Mais si vous lisez mes entretiens, vous verrez que ce terme – qui sert pourtant de fil rouge à l’enquête – est très vite escamoté. D’autres mots s’y substituent : "sentiment européen", "langue commune", "appartenance"...
Aucun commentaire