« Même le nouveau-né au berceau doit être écrasé comme un gros rat ».
[lundi 25 mai 2009 - 15:00]
Histoire
l'architecte du génocide. Himmler et la Solution finale
Richard Breitman
Éditeur : Calmann-Lévy
L’ouvrage sert donc un double objectif. Pour l’historien, il est une source à part entière, celle de l’histoire du débat sur la décision du génocide. Le livre de Breitman, si la plupart de ses résultats sont aujourd’hui remis en cause, est un modèle de minutie, le premier à avoir essayé de penser les étapes de radicalisation du « chemin tortueux » (Karl A. Schleunes) qui mène à la Shoah. Chaque argument est porté à sa plus grande précision, chaque hypothèse pesée et réévaluée – trois cent pages résument trois ans d’histoire. Breitman définit cette controverse auquel il prend part comme « un modèle dans le domaine de l’histoire »
. Dans la mesure où cet ouvrage est un classique, on peut tout de même se demander si les spécialistes ne l’ont pas déjà lu dans sa version anglaise ou allemande. Une traduction française est, quoi qu’il en soit, bienvenue.
Pour le lecteur féru d’histoire, il faudra affronter un enchaînement chronologique parfois fastidieux, rendant compte de chaque évolution dans l’extermination des Juifs, sans pour autant clore l’ouvrage avec une image claire et une réponse unique à la question du processus de décision. Breitman montre avec brio les errances des solutions à apporter au « problème » juif, mais ce n’est que cinq ans plus tard que Ian Kershaw, dans son manuel concernant le nazisme, peut conclure : « L’absence d’un plan d’extermination échafaudé de longue date a fini par être également acceptée par les spécialistes israéliens de l’holocauste »
.
C’est bien la question de la « longue date » qui pose ici problème, et l’ouvrage de Breitman reste une pierre irremplaçable dans la compréhension du chemin sineux et terrible qui mène aux portes d’Auschwitz
Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.
8 commentaires
François Delpla
Cependant, la phrase "Il rappelle pourtant, à un détour de lecture, à ceux qui voudraient s’approprier la découverte de la « Shoah par balles » et des Einsatzgruppen, ces temps derniers, que s’il est profitable en terme médiatique de paraître innovant, la recherche historique, elle, s’était déjà emparé[e] de ces sujets dès les années 1980" rappelle, sans progrès aucun, la volée de bois vert du printemps dernier contre Patrick Desbois, dont les administrateurs (ceux de la volée) n'avaient pas daigné débattre.
Pour ma part, ces débats, même fuis, me font avancer : ainsi j'ai découvert (en fait je le savais, disons plutôt : réalisé) que si le fonctionnalisme (ou structuralisme) a bel et bien existé, et a de beaux restes, ici présents, tel n'a jamais été le cas de l'intentionnalisme, une dénomination artificielle, de l'extérieur, d'un groupe lui-même artificiellement rassemblé.
Je m'arrête là pour cette première intervention, le temps de relire mon Breitman en anglais, et j'espère qu'enfin l'interactivité va se déployer.
La rédaction
Abie