Cannes, un festival plus cosmopolite que jamais
[mercredi 20 mai 2009 - 10:00]
En « séance spéciale », samedi dernier, il était aussi question de communication entre les peuples, à travers le deuxième film, très attendu, de l’israélienne Keren Yedaya (Caméra d’or en 2004). A travers un drame familial, elle aborde sans détour le racisme ordinaire de quelques Israéliens à l’encontre de leurs concitoyens arabes. Le film se passe à Jaffa, titre du film, une ville limitrophe de Tel Aviv qui était au départ uniquement peuplée d’Arabes et qui est aujourd’hui mixte.
Et « La Semaine de la Critique » alors ? Cela reste bien entendu le point de convergence des cinémas du monde, et là encore, la mondialisation est très présente, sous ses aspects les plus divers et les plus inattendus. Le film chilien d’Alejandro Almandras,
Huacho, coproduit par la France et l’Allemagne, retrace la vie de quatre personnes vivant sous le même toit, dans une zone rurale chilienne. Il y a les grands-parents, la mère qui est obligée de répercuter la hausse du prix du lait sur la vente de ses fromages et qui dépense ce qu’elle gagne dans un centre commercial, et enfin le fiston qui, à l’école, ne pense qu’à pouvoir essayer la console portative de jeu de ses camarades de classe. Dans
Lost persons area, la belge Caroline Strubbe s’intéresse à l’arrivée d’un travailleur hongrois sur un chantier d’entretien de pylônes qui s’étendent à perte de vue pour former un réseau de lignes à haute tension. Cette tension électrique se retrouve dans deux autres films français de cette section, Adieu Gary, de Nassim Amaouche, qui place Jean-Pierre Bacri dans un désert post-industriel ardéchois, et surtout dans le magistral
Rien de personnel de Mathias Gokalp. Si au premier abord un film qui évoque les vertus du ‘benchmarking’, le ‘rachat’ d’une entreprise et sa ‘restructuration’ ne constitue pas à l’heure actuelle le sujet le plus attirant pour une soirée ciné, la structure même du film, présentant trois versions d’une même soirée avec des acteurs « en situation de cocktail », s’avère pour l’instant un des films les plus plaisants de ce cru 2009.
Reste encore la section « Un certain regard », qui fait partie de la sélection officielle. Trois films se détachent du lot. Tout d’abord, à nouveau un film de contrebande,
On ne sait rien de chats persans, de Bahman Ghobadi, qui dresse un sombre tableau de la jeunesse iranienne. C’est un peu
Persépolis version
hard, ou plutôt indie-rock, car le film est construit sur les (més)aventures de deux musiciens et une chanteuse qui tentent de former un groupe pour aller se produire à l’étranger, et accessoirement fuir leur pays. Comme le faisait remarquer Thierry Frémaux lors de la conférence de presse dévoilant la sélection 2009, quelle « chance formidable » que de pouvoir ainsi se tenir au courant des dernières tendances du rap iranien et de l’évolution de la scène du rock indépendant kurde, dans ce pays aux mains des « barbus ».
Souvent les coproductions sont le point de départ de véritables échanges qui permettent le développement d’identités transnationales, à l’image des projets présentés dans le film Mia Hansen-Løve (en hommage au producteur Humbert Balsan). Le héros du film doit faire face au même moment à un tournage catastrophique en Suède, à l’arrivée d’une équipe de tournage pléthorique pour un film coréen, ou encore à une rétrospective sur un obscur cinéaste russe qu’il a produit.
Enfin, toujours dans la section « Un certain regard », Haim Tabakman s’intéresse comme le Chinois Lou Ye à l’homosexualité. Dans
Eyes Wide Open, qui sera présenté au public cannois mercredi (mais qui a été dévoilé en « séance secrète » sur le marché du film), l’action se déroule dans un quartier de Juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem qui supportent mal l’amour entre un boucher et un étudiant qui a quitté sa Yeshiva (école religieuse). Seule l’Afrique est largement sous-représentée au festival, avec l’unique sélection de
Dis-moi qui tu es… du vétéran Souleymane Cissé (prix du jury il y a 22 ans).
Ce brassage des cultures, sur les écrans comme dans les salles, grâce aux œuvres présentées, contraste grandement avec la monolithique Croisette et ses éternelles soirées privées et autres cocktails réservés, dans lesquels s’engouffrent d’argentés festivaliers et autres people ou plus souvent
wanna-be-people pendant que la jeunesse frustrée par cette exclusion s’ennuie sur les bancs
5 commentaires
matou
Merci à toi !
c-oim (Sousse)
La venue de Jonny est effectivement pour moi aussi un "non-évènement" dont nos médias sont hélas, actuellement bien trop friands....
MAO
Cet aperçu donne envie de voir bon nombre des films cités
la fin del'aricle est bien vue!
arlequin
Je suis tombée sur des vidéos très sympas sur le site de Nespresso www.nespresso-ultimate-events.com. Chaque soir vers 18H on peut voir des courtes interviews de Vincent Maraval, co fondateur de Wild Bunch qui raconte les dessous des tournages des fims qui seront présentés durant le festival avec plein d'anecdotes. Et on a le résumé des films et toutes ces anecdotes la veille de leur projection sur la croisette.
Cinéphile parisien