Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Rwanda : vivre (ensemble) 15 ans après le génocide
[lundi 18 mai 2009 - 09:00]
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"Se tromper sur la guerre, c’est se tromper sur la société". Cette phrase de Pierre Clastres est  citée par Stéphane Audouin-Rouzeau dans "Rwanda. Quinze ans après. Penser et écrire l’histoire du génocide des Tutsi", n°190 de la Revue d’histoire de la Shoah (janvier-juin 2009). La guerre exposerait, comme en creux, la vérité de la société dans laquelle elle germe.

Parler du génocide au Rwanda, c’est parler de la société des mille collines, de la colonisation européenne qui a racialisé les groupes sociaux existant, créant des ethnies Tutsi et Hutu rivales, ou de l’ombre des arbres sous laquelle les Gacaca, les tribunaux populaires, mettent en regard depuis plusieurs années les témoignages de chacun pour juger et pardonner. L’anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda  permet d’étudier avec une distance de 15 ans la réalité de la société rwandaise, celle qui a généré le massacre en 1994, mais aussi celle, actuelle, qui doit se reconstruire et réinventer une façon de vivre ensemble.

 

15 ans après, analyser par la comparaison

La première des deux livraisons annuelles de la Revue d’histoire de la Shoah, consacrée au génocide rwandais, cherche à comprendre ces deux phénomènes : l’histoire du génocide, dont les linéaments se dessinent bien avant 1994, et la reconstruction de la paix. Ce numéro est divisé en quatre parties, d'une centaine de pages chacune : Faire de l’histoire, comparer, juger et écrire et témoigner.

L’éditorial de Georges Bensoussan, historien, rédacteur en chef de la revue, propose plusieurs points de comparaison avec les autres génocides, juif surtout, mais aussi arménien : la construction de la figure deshumanisée de l’ennemi, les formes et les raisons du négationnisme (notamment la théorie d'un "double génocide"), ou les évolutions du droit international pour juger les criminels et entériner la dénomination de génocide. Si la perspective comparatiste peut parfois questionner dans le cadre d'une méthodologie bancale ou d’un usage abusif du terme de génocide , ici, elle enrichit la compréhension des massacres de masse, et en particulier des similitudes et différences structurelles du génocide rwandais.



Après 15 ans, pardonner à son voisin, son tueur

La comparaison permet d’établir la récurrence des schémas, afin de mieux appréhender la catégorie de génocide. Elle permet aussi de distinguer les singularités. Le génocide des Tutsi se différencie notamment par le retour des meurtriers dans les communautés d’origine. Cette situation conduit les survivants et les assassins à cohabiter.

C’est précisément cette cohabitation qu’examine la réalisatrice Anne Aghion dans son dernier film, Mon voisin, mon tueur. Le titre du documentaire en contient toute la problématique. L’absence de conjonction entre "mon voisin" et "mon tueur" exprime la cruauté des massacres entre proches, mais laisse aussi la place au témoignage. Les aveux des victimes suggèrent le type de lien possible à établir entre ceux qui, après la prison, sont redevenus les voisins d'autrefois, alors qu'ils assassinaient leur famille.

 

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3 commentaires

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Kadogo

06/08/09 10:32
Pour répondre à Sidonie qui doute de la réalité du génocide des Tutsi, je lui conseille ce texte de G. Rabinovitch

Un travail au Rwanda. De la Shoah au génocide rwandais.

http://www.jidv.com/njidv/index.php?option=com_content&view=article&id=305:un-l-travail-r-au-rwanda-de-la-shoah-au-genocide-rwandais-&catid=133:jidv-18&Itemid=637

Sur le thème de la "réconciliation nationale", je conseille ce texte "Le Pardon impossible ? " d'Yvonne Mutimura , une rescapée du génocide paru dans la revue ACAT :

http://www.scribd.com/doc/14462148/Rwanda-15-ans-apres-ACAT-



Le Rwanda n'est pas le seul pays où les gens n'ont pas de nom de famille, on retrouve la même chose au Burundi et en Ouganda par exemple. Parler de "fragilité" parce que cela poserait des problèmes "en France" est de l'eurocentrisme.

Et pour finir, la Chambre d'appel du TPIR a écrit ceci dans une décision rendue le 16 juin 2006 "le génocide des Tutsis du Rwanda est "un fait de notoriété publique" qui "fait partie de l'histoire mondiale". "Il n'y a aucune base raisonnable pour qui que ce soit de nier qu'en 1994, il y avait une campagne de massacres de masse visant à détruire, en tout ou tout au moins en grande partie, la population tutsie du Rwanda".

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T

04/06/09 21:57
Dans le soucis de te donner la meilleure réponse au 3 premières questions je te propose de lire le livre de Jean-Pierre Chrétien " L'Afrique des grands lacs deux mille ans d'histoire", Champs Flammarion, Paris, 2000. J'ai lu beaucoup de livres sur le sujet mais celui là est extrêmement bien documenté. En outre je t'invite aussi à aller jeter un oeil sur la définition donné au terme génocide dans les statuts de la Cour pénale internationale ( Article 6, tu le trouves sur internet) tel que complété par l'ouvrage de E. David, " Principes de Droits des conflits armés", Bruylant, Bruxelles, 2008. Et si t'as un peu de courage réfères toi à la jurisprudence du Tribunal pénal international pour le Rwanda, du Tribunal pénal international de Nuremberg et du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Ce sont déjà là de bon éléments qui te permettrons de mieux cerner la notion de génocide et la différences essentielles avec celle de Crime contre l'humanité. Au demeurant tu te rendras vite compte qu'il s'agit bien d'un génocide à l'encontre des personnes identifiés comme appartenant à la catégorie Tutsi, et d'un crime contre l'humanité à l'encontre des personnes identifiés comme appartenant à la catégorie Twa et Hutu. Il ne s'agit nullement d'une guerre civile et encore moin d'une lutte de classes.

Pour ta dernière question, je ne suis pas anthropologue. Mais je me permets quand même de te donner une réponse simple: Nous sommes tous capables des pires atrocités. La réponse n'est pas à trouver dans un nom de famille mais dans la nature humaine...





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sidonie

25/05/09 11:49

Je n’ai pas lu l'ouvrage dont vous parlez mais je me pose plusieurs questions concernant le Rwanda. Je n’ai pas trouvé de réponse jusqu’ici.

Peut-on parler de « génocide » alors qu’il s’agit d’un peuple où Hutus comme Tutsis parlaient la même langue et avaient la même religion? Peut-on parler de groupes ethniques alors que ni l’apparence physique ni l’histoire socio-culturelle ne permet de les distinguer ? Les mariages « mixtes » étaient fréquents. N’est-t-on pas plutôt dans une guerre civile, dans une lutte des classes ?

Si génocide il y a, n’est-ce pas celui des pygmées Twa (les premiers occupants du pays, je crois), qui ne se distinguent pas non plus par la langue ou la religion (sauf erreur de ma part) mais qui se distinguent par leur apparence physique. Il semble bien que Tutsis et Hutus traitaient bien les Twa comme une race à part. Et ils ont été massacrés dans l’indifférence générale des uns et des autres, et de la communauté internationale.

Il y a un autre point qui m’interpelle et que je ne vois traiter nulle part.
Le Rwanda est le seul pays, à ma connaissance, à n’avoir ni nom de famille, ni nom patronymique. Chaque enfant à la naissance reçoit un prénom et un nom qui n’appartient qu’à lui. (Ce qui ne facilite pas les démarches des familles arrivant en France avec des enfants qui ont chacun un nom différent de celui de leur père, de leur mère, de leurs frères et sœurs.)
Cette coutume (qui concerne tant des Hutus que les Tutsis) est très inhabituelle. L’Islande n’a pas de nom de famille, mais elle a des noms patronymiques : fils de (prénom du parent).
Même si la notion de lignage et de clan existe, je me demande si des anthropologues ont réfléchi et écrit sur cet aspect particulier du Rwanda.
Est-ce que cela ne donne pas à la société rwandaise une fragilité qui expliquerait ces massacres tellement irrationnels ?


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