Cinéma
La Vie passera comme un rêve
Gilles Jacob
Éditeur : Robert Laffont
D'ailleurs, la rivalité entre les sections est à l'image de celle qui existe entre les trois grands festivals européens que sont ceux de Cannes, Venise et Berlin. En 1978, lorsque le festival de Berlin (créé en 1951) décide de se positionner en février et non plus pendant l'été, ce changement est vécu comme une déclaration de guerre pour les responsables du festival de Cannes. Jacob relate encore d'homériques batailles, en 1989, pour obtenir un film polonais (
L'Interrogatoire, de Riszard Bugajski) annoncé à la Berlinale alors que Cannes patientait depuis 7 ans pour l'avoir
. Dans ces moments-là, le Festival de Cannes, c'est, à nouveau, " la France ", au sens de " l’intérêt supérieur " de la nation…
Au service de la République... et à ses commandes
Jacob n’a pas seulement côtoyé des célébrités du cinéma, il a fréquenté aussi de nombreux hommes politiques. On le retrouve, dans son livre, jouant au tennis avec un ministre de la Culture (d'Ornano, en 1977), apprenant sous la douche, " nu comme un ver ", qu'il était pressenti pour remplacer Bessy au poste de délégué
. L'interventionnisme forcené de Jack Lang est aussi largement évoqué, et la façon dont Jacob a réussi à s'en accommoder force le respect
.
Si le festival a subi historiquement la double tutelle du ministère de la Culture et des Affaires étrangères, on comprend également que Jacob soit devenu quelqu'un qui peut commander les légions d’honneur. Il écrit qu'après l'avoir obtenue pour De Niro " [il] avai[t] demandé la même chose pour Marty ", comprenez Martin Scorsese
. De même, il a aidé le cinéaste polonais Andrzej Żuławski " en lui faisant avoir la nationalité française "
.
Les liens incestueux entre le festival et le Centre national de la cinématographie sont également abordés, de manière indirecte, tout comme les relations de Jacob avec les médias (il " propose [un] scoop à Frodon du
Monde ", et mentionne plus loin qu'il siège au conseil d’administration de Films A2).
Si l'on peut craindre,
a priori, la réunion de tant de pouvoirs différents dans les mains d'un directeur de festival, cette autobiographie est là pour nous présenter Jacob comme un personnage sincère, responsable et profondément cinéphile. Chaque lecteur sera juge de la part d’autopromotion inhérente à l’entreprise. Son incontestable cinéphilie, Jacob la démontre encore une fois cette année, en proposant, avec Thierry Frémaux, une nouvelle sélection cannoise de haut vol, sur laquelle nonfiction.fr reviendra très prochainement
2 commentaires
MAO
un petit passage discret sur sa judéité qui n'a pris de l'importance que du fait de l'antisémitisme,qui m'a bien plu!
que de travail pour résumer un livre si hétéroclite,que je ne lirai pas ,mais suis ravie d'en connaître la teneur!
Merci!
Arnold Drohobyc