Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Défaire la notion d’espèce humaine, bâtir le principe d’humanité
[mardi 05 mai 2009 - 05:00]
Droit
Couverture ouvrage
Le sacre de l'espèce humaine. Le Droit au risque de la bioéthique
Philippe Descamps
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
448 pages / 24,70 € sur
Résumé : Démystifiant la question du clonage reproductif et des apports de la biotechnologie, l’auteur s’en prend à l’un des ultimes bastions du droit naturel.
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Posant les jalons de cette éthique, Philippe Descamps propose un modèle : l’humain est celui qui tente de s’extirper de la nature et qui parvient au stade de sujet autonome et pensant. À la suite de Fichte et de Kant, caractérisant l’humain par son vouloir, Philippe Descamps propose de percevoir les vagissements du nouveau né comme étant une démonstration pure et simple de sa faculté d’exprimer sa volonté de vivre, et par voie de conséquence, d’exiger que tous les membres de la communauté humaine entende sa demande de reconnaissance. Ce cri, nous le concevons, acte le plus vivant qui soit, pourrait être envisagée comme l’inauguration de relations juridiques entre le nouveau-né et tous les membres de l’Humanité. Il en résulterait la reconnaissance de nombreux droits subjectifs dont bénéficierait l’individu.

En somme, à partir de ce paradigme, nous noterons le dynamisme et la souplesse de la notion d’humanité, proposée par l’auteur, qui, à l’inverse du caractère statique des concepts de nature humaine et d’espèce humaine, permet d’intégrer des individus issus de nouvelles formes de natalité.



Au final, l’ouvrage détruit de nombreuses idées reçues. À travers une discussion avec Kant, Fichte, Habermas, Fukuyama ou Jonas, Philippe Descamps fournit de somptueux développements sur les notions de personne juridique, de naissance ou de parentalité. Il en ressort une étude très riche et très réussie. Evidemment, le lecteur n’aura pas suffisamment de recul pour admettre la pertinence de sa thèse. L’auteur prend, d’ailleurs, acte du caractère aujourd’hui essentiellement virtuel de la question du clonage reproductif et des nouvelles formes de natalités. Néanmoins, donnant à entendre une voix discordante dans le débat bioéthique, cet ouvrage de considérations provisoires est d’une très grande qualité et, nous semble-t-il, d’une grande importance.

Il est, toutefois, quelque peu regrettable que certains éléments aient été aussi peu étudiés. Vraisemblablement las de relever certains poncifs sur le droit de la bioéthique, l’auteur semble balayer un peu trop rapidement certains aspects de la question. Ainsi, il nous aurait semblé souhaitable que la question du risque de l’eugénisme soit abordée de manière beaucoup plus approfondie, dès lors que l’idée de protection de l’intégrité de l’espèce humaine, qui en est l’accessoire, est combattue dans cet ouvrage. Gageons toutefois que la lecture de cet ouvrage permettra à chacun d’aborder avec un œil neuf, mais un esprit toujours vigilant, la question du clonage reproductif et du développement des biotechnologies.
 


Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.

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2 commentaires

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David Olivier

12/05/09 21:23
Un peu d'autopublicité:

«Les espèces non plus n'existent pas» (1994)

http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article81

La conclusion est simple: la notion d'espèce n'a aucun fondement théorique solide dès lors que la biologie abandonne l'essentialisme; la persistance de son emploi, et la référence fréquente qui y est dans des domaines autres que la biologie — dans l'éthique et la politique, en particulier — sont le signe de la persistance du point de vue essentialiste.
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mus

08/05/09 01:05
cette thèse est nihiliste, elle nie le premier prédicat universel de toute raison : l'existence de la nature humaine, qui caractérise l'humanité. Reste à rechercher, penser, approfondir ce qu'est l'humain, et le dépasse...ect c'est une autre question. Quant à l'idée d'espèce, cela signifie qu'il y a d'autres espèces vivantes, radicalement différentes, animales, végétales, minérales , voire surnaturelles....donc même si le législateur est parfois hésitant , ou perdu cela n'autorise pas l'absurde et la dilution des concepts, sous prétexte de science à l'infini !

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