On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les réformes anti-corruption s'inscrivent plutôt aujourd'hui dans les programmes d'amélioration de la gouvernance. Selon celui proposé par Kaufmann pour la Banque Mondiale en 2000 l'action doit se faire sur trois plans. D'une part l'amélioration de la transparence et l'organisation de la société civile: la participation des citoyens doit augmenter, dans les instances politiques ou les ONG. D'autre part l'accroissement de la concurrence sur les trois types de marchés économiques, administratifs et politique pour limiter les pouvoirs discrétionnaires. Enfin l'indépendance des pouvoirs de contrôle et du judiciaire par rapport au politique. Jean Cartier-Bresson souligne à juste titre les ambiguïtés de cette approche : la défiance à l'égard du système politique corrompu renforce l'alliance entre l'institution internationale qui s'ingère dans les affaires du pays et les ONG qui défient l'autorité publique. Or le but est aussi de développer la capacité du gouvernement à favoriser le développement économique et à résoudre les conflits redistributifs qu'il génère.
Conclusion : mieux connaître la corruption
Espérons que cette note a convaincu de la richesse des analyses économique de la corruption présentées par Jean Cartier-Bresson. La lutte contre la corruption est à l'ordre du jour dans de très nombreux pays, développés ou en développement. Comment inciter les fonctionnaires à résister à la corruption? Quelles sanctions sont les plus efficaces? Quels secteurs économiques sont les plus sensibles à la corruption? Quels sont les risques de la décentralisation administrative? Ces questions pratiques ne peuvent être résolues sans éclairage théorique.
Ce qui manque le plus est une mesure plus fiable de la corruption : les indicateurs comme l'Index IPC de Transparency International par exemple reposent sur des déclarations d'acteurs dont l'opinion est biaisée (à l'instar des investisseurs étrangers qui notent plus favorablement les pays où la croissance est forte). Les études macroéconomiques commandées par les institutions internationales, qui cherchent à démontrer l'impact de la corruption sur telle ou telle variable économique, ne servent souvent que d'argument réthorique pour soutenir les réformes préconisées.
Un travail empirique plus fourni sur les faits de corruption, leur origine et les moyens de les faire disparaître est également nécessaire (voir la note sur Economic Gansters de Fisman et Miguel dans Nonfiction). Citons des travaux récents comme ceux de Ben Olken (2006 et 2007) sur la construction de routes en Indonésie, qui propose de nouveaux moyens de mesurer la corruption (par des audits sur la qualité des routes) et de la réduire (en testant différents modes d'implication des bénéficiaires). Ou l'étude de Khwaja et Mian (2005) sur les conditions préférentielles de prêt des banques d'État aux entreprises proches du pouvoir au Pakistan![]()
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Georges S.