Histoire
Le musée disparu. Enquête sur le pillage des oeuvres d'art en France par les nazis
Hector Feliciano
Éditeur : Gallimard
On le voit, le livre est riche. Se dire qu'un sujet aussi passionnant, dont l'étude semble aussi nécessaire et essentielle, a pu être laissé en jachère jusqu'à la parution du
Musée disparu est vraiment étonnant. Le réveil historiographique qui a suivi sa publication suffirait d'ailleurs à justifier pleinement la réédition de ce livre qui semble fondateur.
Néanmoins, ajoutons quelques réserves en guise d'avertissement au lecteur. La tonalité générale du livre, qui n'est pas à proprement parler scientifique malgré la grande rigueur intellectuelle de son auteur, provoque en effet une sorte de malaise dès l'introduction. La pauvreté des annexes, qui souligne au demeurant cet état de fait, est dommageable : il manque une véritable bibliographie,
a fortiori maintenant qu'un certain nombre de recherches sur cette délicate question des spoliations ont été conduites. De même, un index ne serait pas de trop pour se repérer dans le dédale de services administratifs, de galeries, de musées, animés par des nuées de personnalités plus ou moins bien connues, qu'Hector Feliciano met au jour. Enfin, le ton très définitif de l'auteur peut exaspérer même les lecteurs les mieux disposés. Et l'on reprochera, une fois mis de mauvaise humeur, quelques jugements à l'emporte pièce ou un peu manichéens. On compatit par exemple avec les conservateurs d'archives présentés comme de petits fonctionnaires confits « retranchés » derrière la loi en matière de secret des archives pour empêcher Feliciano de faire éclater la vérité. L'auteur tire aussi à boulets rouges sur les conservateurs de musée, les accusant durement d'avoir entravé les restitutions d'œuvres d'art. Mais est-ce véritablement l'échelon administratif auquel il faut situer le problème ? On comprendrait que l'incroyable précédent des manuscrits Kann, restitués à tort par la BnF – et justement en dépit de fortes réticences des conservateurs de la bibliothèque – à Georges Wildenstein, incite les collections publiques à une certaine prudence.
Cependant,
Le Musée disparu est un livre assurément important qui attend, désormais, une édition de poche bon marché
Aucun commentaire