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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Care, don, services : pour une nouvelle morale politique
[vendredi 10 avril 2009 - 05:00]
Social
Couverture ouvrage
Un monde vulnérable. Pour une politique du care.
Joan Tronto
Éditeur : La Découverte
280 pages / 21,85 € sur
Social
Couverture ouvrage
La société vue du don. Manuel de sociologie anti-utilitariste appliquée
Philippe Chanial, dir.
Éditeur : La Découverte
Social
Couverture ouvrage
Revue française de socio-économie. Le care : entre transactions familiales et économie des services
Collectif
Éditeur : La Découverte
240 pages
Résumé : Trois publications récentes analysent avec pertinence la notion de care et ses implications sociales, morales, politiques, économiques.
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Traitant sur un pied d’égale dignité l’argent, la loi et les mœurs, déroulant par le menu des études de cas bien choisies ou des analyses à visées plus théoriques, le dossier de la Revue française de socio-économie sur le care présente un grand intérêt. “Il n’y a pas de frontière infranchissable”, affirme l’introduction, “entre les objets de l’économie et de la sociologie (…). Il est indispensable de penser ensemble, dans une vision de double encastrement, ce qui se passe dans la sphère des activités économiques et dans la sphère des relations sociales”. Cette double nature des relations intimes est un postulat fort qui permet d’une part le lien entre les travaux français et anglo-saxons, et d’autre part l’enchevêtrement des disciplines et des angles et lieux d’observation du care : les échanges familiaux, la nature du travail de soin aux personnes, la professionnalisation de l’aide à la dépendance, les cadres juridiques et sociaux de la prise en charge, la division internationale de la production domestique.

À travers les articles dont, comme pour l’ouvrage précédent, il est impossible de rendre compte ici de la richesse, s’offre une contribution à la discussion autour du statut économique et social du care dans les économies et les sociétés contemporaines. L’analyse, entre micro et macro, des “caring arrangements” et des “care packages” vient enrichir l’approche des régimes d’État-providence. Si, comme le disent les anthropologues, les relations sociales sont irréductibles aux seules relations d’intérêt économique et de pouvoir, l’ouverture aux sens multiples des donner-recevoir-rendre constitue un complément essentiel pour penser le lien entre morale et politique, qu’il revient au care d’avoir mis en pleine lumière.

Que, dans la société redessinée par le care, la ressource se trouve dans la vulnérabilité, et réciproquement, entraînant plus de justice et de démocratie, voilà une perspective à présent intellectuellement ouverte. Encore faut-il la faire advenir en politique : d’où la question suivante, posée par Joan Tronto dans sa préface à l’édition française de son livre : quelles sortes de changements souhaiterions-nous entreprendre pour refaire un monde où le care ait plus légitimement sa place ?.

 

A lire sur nonfiction.fr :

- Dossier "Do you care ?"

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2 commentaires

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Benoît Pellevoizin

11/04/09 15:00
J'allais justement poster une remarque similaire à la tienne Jacques.
Le care n'est autre qu'un moyen de substituer la société civile à l'Etat.

J'ai l'impression que cette morale politique à la mode se cantonne au modèle américain voire anglo-saxon et qu'elle est inapplicable au modèle Européen de l'Etat Providence.

Et si on parlait de l'Etat social ? Ne serait-il pas le système qui conviendrait le mieux. La crise l'a bien montré, le marché, et le travail ne sont rien sans l'Etat.
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Jacques Bolo

10/04/09 21:29
A l'occasion d'un article à propos de la traductibilité et de l'affaire Faye-Heidegger (http://www.exergue.com/h/2006-08/tt/traductibilite01.html), j'ai eu l'occasion d'écrire sur le "care":

"Qu'en est-il du 'care' lui-même, quand on se donne la peine de l'examiner. (...) La politique du 'care', correspond tout simplement, "plain and simple", à la solidarité, et à l'État providence en ce qui concerne la politique qui la met en oeuvre. Évidement, il y a une cause à cette incompréhension.
"D'une part, ce terme vient du féminisme américain, des valeurs féminines, dont le 'care' serait un échantillon. Là dessus se greffe le souci de ne pas cantonner les femmes à ces valeurs féminines, ce qui suppose naturellement de les généraliser. Or, tout cela a pour cadre le contexte américain, individualiste (en fait, plutôt centré sur la famille, les proches), et sa négation obsessionnelle de prise en charge de l'individu par l'État.
"On peut y ajouter la contamination de ce modèle en Europe, qui fait considérer comme ringard le modèle de l'État providence. Mais, précisément, les mots ont un sens. Une fois institutionnalisé le care aux divers domaines de l'attention à autrui, de la responsabilité réciproque (cf. 'non assistance à personne en danger' en France), de la santé surtout, on obtient assez naturellement une sorte de sécurité sociale, dans un pays (les USA) où beaucoup en sont privés, alors qu'en Europe on finit par la considérer comme naturelle (alors qu'elle est évidemment culturelle). Il s'agit bien, mutatis mutandis, de répondre à des besoins universels et intemporels de solidarité."

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