Rédacteur

Professeur de science politique

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Université : le point de non retour
[mercredi 01 avril 2009 - 11:00]
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Si la loi LRU avait bel et bien été dénoncée comme telle lors de son adoption au cœur de l’été 2007 – à l’abri des regards universitaires et étudiants… –, si certains ont immédiatement vu qu’elle entraînerait tout le système à la fois dans l’abîme bureaucratique et dans les affres du pouvoir personnel, il a néanmoins fallu attendre son entrée en vigueur début 2009 dans une vingtaine d’universités et surtout d’en mesurer les conséquences directes sur les universitaires (définition du métier, service d’enseignement, carrière, évaluation…) puis son accompagnement budgétaire pour que chacun prenne conscience de l’ampleur du changement qu’elle induit et des risques qu’elle comporte. Le cœur du problème soulevé par cette loi a pu enfin être mis à jour. La loi LRU est une conséquence directe, appliquée à l’université, de la mise en œuvre de nouvelles règles de gestion publique (LOLF, RGPP...) qui au prétexte d’une meilleure efficacité de l’administration et du service public suivant des principes issus du management privé, conduisent essentiellement à des économies d'emplois. Or, il y a là, concernant l’enseignement supérieur et la recherche, un paradoxe qui est à l’origine de l’incompréhension fondamentale entre gouvernement et universitaires : comment en effet prétendre d’un côté que l’on veut faire entrer la France dans la désormais fameuse "société de la connaissance et de la l’innovation" tant vantée par l’Union européenne tout en refusant de mettre les moyens suffisants – et de les mettre là où ceux qui connaissent leur métier le demande – susceptibles de répondre à l’exigence que l’on s’est ainsi soi-même fixée ?

 

Sortie de crise ?

Le seul débouché réel, c’est-à-dire politique et viable à long terme, de la crise actuelle, est d’accepter de remettre à plat l’ensemble des réformes entreprises ces dernières années pour ouvrir une discussion générale, un débat public devant l’ensemble des Français, sur l’enseignement supérieur et la recherche : quel système d’ensemble voulons-nous ? Pour quels objectifs ? Avec quels moyens ? A quelle échéance ? C’est le prix, élevé, que devra payer le gouvernement pour son incurie et sa dérive idéologique. Mais c’est aussi une chance incroyable pour la société française : pouvoir enfin débattre de son avenir et des conditions dans lesquelles elle veut l’aborder. La "sortie de crise" dont on parle tant aujourd’hui à propos de l’économie mondiale passe aussi par une place plus grande accordée en France à l’enseignement supérieur et la recherche.

 

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4 commentaires

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Voltaire

09/04/09 09:28
@ Candide : votre propos méprisant ne tient pas. Cet article rappelle très justement qu'il y a deux logiques antagonistes.

• La logique d'entreprise : une entreprise exerce son activité sur un marché concurrentiel, avec l'objectif de faire du profit. Elle cherche à augmenter ses performances et diminuer ses coûts, ce qui passe par la tentative de réduire au maximum le nombre d'employés pour diminuer le coût de la masse salariale, et à maximiser le travail du personnel, suivant une organisation pyramidale.

• La logique de l'enseignement et de la recherche publique : des établissements d'enseignement supérieur ouverts à tous les bacheliers sur l'ensemble du territoire, avec l'objectif d'apporter un savoir critique et des méthodes de travail, une recherche indépendante des pouvoirs politiques et économiques, et un système fondé sur l'évaluation par les pairs, et l'élection démocratique d'enseignants-chercheurs aux postes de responsabilité.

Il n'est pas difficile de comprendre que l'on ne peut pas impunément ignorer une logique au détriment d'une autre.
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Laurent Bouvet

07/04/09 21:06
@ Candide : c'est étrange de lire que je diabolise le management privé alors que je dis simplement qu'il n'est sans doute pas le mieux adapté à la gestion d'une université et de la recherche en général. Pour vendre de la lessive ou des voitures, c'est certainement ce qu'il y a de mieux, on sera d'accord sur ce point j'imagine.

Et puis, c'est dommage, mais il se trouve que je connais un peu le sujet... alors les procès d'intention, quand on est raisonnable et rationnel, on se les garde...

Quant au parallèle avec Israël... comment dire les choses poliment : c'est vraiment... n'importe quoi !
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Candide

07/04/09 16:38
C'est étrange cette diabolisation du 'management privé' par quelqu'un qui n'a visiblement aucune idée ce qu'est la définition d'objectifs et la mesure de résultats, B.A.BA de tout fonctionnement, privé ou public, économique ou scientifique, et qui, effrayé devant le changement, choisit de diaboliser, de dénigrer, de caricaturer.
La vision que vous avez du 'privé', diable omniprésent et menaçant, a évoqué pour moi le discours que j'entends tous les jours chez la majorité des Israéliens quand ils parlent des Arabes, d'où vient tout le mal.
Continuez dans cette voie, vous êtes d'excellents fossoyeurs de l'avenir de la société française
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frédéric torterat

05/04/09 15:23
Je tiens à remercier Laurent Bouvet pour l'historique qu'il dresse de ce qu'il est désormais juste d'appeler une crise, sociale et politique, laquelle permet toutefois, de façon mécanique pourrait-on dire, de susciter une prise de conscience assez générale dans le monde universitaire.
Peut-être s'agit-il d'un tournant (l'avenir nous le révélera), mais l'exaspération est grande aujourd'hui. Dans un tel contexte, des Etats Généraux pour l'Université et la Recherche sont indispensables.
A mon sens, le fait, du côté de l'exécutif, de se débarrasser de conseillers stupides dont les recommandations managériales sont complètement désuètes serait un premier pas.

Bien cordialement,

FT

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