Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
Michèle Lamont : "L'expertise des chercheurs doit être au centre du dispositif d'évaluation."
[lundi 30 mars 2009 - 14:30]
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Ces deux approches, qui relèvent d’un effort pour améliorer dans la pratique (c’est-à-dire de rendre plus conforme à leur idéal) les instances et les modalités de l’évaluation par les pairs, me semblent bien préférables au recours à une approche managériale et/ou essentiellement quantitative. Le système d’évaluation par les pairs du Conseil canadien des sciences humaines et sociales, que j’ai récemment évalué, est aussi exemplaire par rapport aux standards internationaux concernant les pratiques d’évaluation (voir Promoting Excellence in ResearchAn International Blue Ribbon Panel Assessment of Peer Review Practices at the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada).


nonfiction.fr :
La notion de "bon" chercheur pose de nombreuses questions. Que penser de cette appellation, qu'est ce qu'un bon chercheur selon vous ?

Michèle Lamont : La définition varie selon les domaines de recherche. Par exemple, les sciences humaines ne présentent pas les mêmes exigences que la sociologie. Dans mon domaine, un bon chercheur est quelqu'un qui identifie de nouvelles questions théoriques reconnues ensuite comme importantes. Il doit être capable de traiter ces questions à travers des données empiriques de type qualitatif ou quantitatif. Il doit pouvoir articuler étroitement la théorie et l'analyse empirique, afin que ses travaux puissent être soumis avec succès à l'examen de ses collègues experts de la même discipline. Un bon chercheur est aussi capable de maintenir une productivité raisonnable au cours de plusieurs années, tout en développant un corpus intellectuel ayant une certaine cohérence et qui soit en dialogue avec ses contemporains. En Amérique du Nord, une réputation de bon chercheur est consolidée par le système d'embauches, au sein duquel les départements et les universités sont hiérarchisés : ceux qui obtiennent un poste de titulaire dans les meilleurs départements sont reconnus comme ayant un plus haut statut, et ce statut s'élève si d'autres départements cherchent à l’attirer. L'offre et la demande ainsi que la circulation des enseignants-chercheurs entre les établissements, qui influencent aussi le salaire, jouent donc un rôle important et réduisent l’influence du localisme dans les recrutements.  La logique de marché qui prévaut a beaucoup de défauts, mais elle produit des effets de légitimation certains. Bien sûr, How Professors Think présente une analyse plus nuancée des pour et des contres du système. Dans le système français, où la grande majorité des enseignants sont des fonctionnaires, une telle logique ne peut jouer, ou de manière beaucoup plus limitée. Néanmoins, il faudrait pouvoir éliminer les aspects du système qui portent le plus atteinte à la justice procédurale et à l’universalisme de l'évaluation-sélection, comme le lobbying interpersonnel auquel doivent encore trop souvent se soumettre les candidats à des postes d'enseignants-chercheurs.
 

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