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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Économie politique de la mondialisation
[lundi 23 mars 2009 - 05:00]
Economie
Couverture ouvrage
La mondialisation. Émergences et Fragmentations
Pierre-Noël Giraud
Éditeur : Sciences humaines
160 pages
Résumé : À l'heure des bilans, la mondialisation semble bien moins unificatrice qu'on ne la présente généralement.
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Concernant la finance, son propos est relativement simple : elle est indispensable, et les crises qui en découlent sont inévitables. Contre les “Saint-simoniens attardés”  qui n'y voient qu'un système parasitaire, l'auteur rappelle ses fonctions classiques de collecte et d'allocation de l'épargne et de répartition des risques. Reprenant son analyse du “commerce des promesses”, assez proche de l'économie des conventions, il souligne cependant l'existence d'un “mistigri”, soit les projets non-rentables qui seront tout de même financé faute de possibilité de faire des estimations toujours parfaites – et ce quel que soit le système. Chercher à réduire à tout prix ce mistigri reviendrait, pour les autorités monétaires, à brider la croissance (un certain nombre de projets rentables ne pourrait plus trouver financement) : des moments de “purge du mistigri” sont donc inévitables et “nécessaires” . Dans le système actuel, cela se fait par les krach, susceptibles toujours de se transmettre au reste de l'économie. Que faire alors ? Pas grand chose malheureusement : l'existence du mistigri, et donc de sa purge, repose sur “l'incomplétude et l'asymétrie irréductibles de l'information”, et, de ce fait, “la réglementation est condamnée à une course poursuite derrière l'imagination financière” . Reste que Pierre-Noël Giraud signale à plusieurs reprises que la façon dont la purge du mistigri par la crise est une caractéristique du système actuel, mais il n'explique jamais quelles seraient les autres possibilités : c'est dommage car il y aurait peut-être matière à réfléchir.

Concernant le développement durable, Pierre-Noël Giraud rappelle tout d'abord qu'“un grand nombre de questions environnementales relèvent de l'économie sédentaire” . Rien ne permet de dire que les firmes globales polluent plus (ou dégradent plus l'environnement d'une manière plus générale) que les firmes locales : en particulier, les entreprises “nomades” sont plus soucieuses de leur image et plus surveillées par les ONG internationales “qu'une firme d'État chinois sévissant dans l'industrie lourde des provinces du Nord” . En la matière, la mondialisation n'est donc pas coupable.


L'économie peut-elle nous dire quoice qu’il faut faire ?

Au-delà de ces différentes analyses et bilans, l'ouvrage est, comme on a pu le suggérer, traversé par une interrogation plus générale sur le rôle de l'État et du politique face aux transformations induites par la mondialisation. Derrière celle-ci se trouve une conception très intéressante du rôle de la science économique.

Le chapitre 3, intitulé “États et marchés” est ainsi sans doute le plus intéressant de l'ouvrage, car, comme son titre ne le laisse pas forcément deviner, il traite du rôle de la science économique dans les décisions et constructions politiques. Giraud ne tranche en effet pas pour le plus ou le moins d'État, mais souligne que “le passage aux recommandations politiques exige toujours l'analyse concrète d'une situation concrète, c'est-à-dire un diagnostic, une évaluation nécessairement en partie qualitative et donc subjective des imperfections respectives des marchés et des États” . L'économie ne donne pas de solutions toutes faites aux hommes politiques ou aux militants. Cela découle directement de sa nature scientifique : ne pouvant produire des lois a-historiques, intemporelles et universellement valable, “elle doit établir des lois qui prétendent à la validité dans une certaine période historique, pendant laquelle les interventions des États sont globalement stables et le capital social d'un certain niveau” (p. 55), et qui, en outre, doivent tenir compte des déséquilibres, transformations et autres dynamiques des situations où elles s'appliquent. Le sociologue pensera ici au “nomologisme deictique” de Jean-Claude Passeron, c'est-à-dire la possibilité de formuler des lois valables seulement indexés à un contexte historique précis.

Partant de là, Pierre-Noël Giraud affirme que l'économie ne peut se permettre de faire des propositions normatives par elles-mêmes. Cela n'est possible que par rapport à un ensemble de normes qui doivent formulées en dehors du cadre strictement scientifique : l'économiste ne peut pas définir, à l'intérieur de son système, quel est l'intérêt général. Il peut seulement mettre ses outils au service d'une conception particulière, pour mesurer les gains et les pertes des individus dans une situation donnée et indiquer les conséquences possibles de telle ou telle décision. Voilà une position que l'on aimerait voir lue (et comprise !) par beaucoup “d'experts” et bon nombre de “critiques” de la science économique....

 

À lire également sur nonfiction.fr :

Jean-Noël Giraud, La mondialisation. Émergences et Fragmentations (Sciences humaines), par Jean Bastien.
 

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