Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Fondé en 1991 par Shahlâ Sherkat, le magazine Zanân ("Les femmes") a marqué l’histoire de la presse iranienne. Bien davantage qu’un magazine féminin classique, Zanân s'était donné l’ambition d’aborder l’ensemble des questions sociales, juridiques, morales et même sexuelles, relatives à la condition des femmes en Iran. En dépit des multiples pressions et embûches de la part des autorités, le magazine a donné la parole à des femmes de tous milieux sociaux et a relayé les demandes d’une population réclamant davantage de justice et de libertés dans une société encore très patriarcale. En février 2008, le gouvernement a décidé de mettre fin à l’aventure, mais CNRS éditions a eu l’excellente idée d’éditer une sélection d’articles richement illustrée, qui offre un aperçu saisissant des questions sociétales agitant l’Iran d’aujourd’hui.
Nonfiction.fr : Quelles ont été les circonstances de la création de Zanân, en 1991 ?
Shahlâ Sherkat : Je travaillais dans une autre revue féminine. En quittant cette revue, j’ai décidé de fonder mon propre magazine...
Nonfiction.fr : Quelle était la circulation moyenne de votre journal ?
Shahlâ Sherkat : En moyenne 30 000 exemplaires avec des pointes à 40 000.
Nonfiction.fr : Le magazine était-il distribué uniquement à Téhéran ou dans tout le pays ?
Shahlâ Sherkat : Nous étions distribués dans l’ensemble du pays, et même à l’étranger.
Nonfiction.fr : Entre 1991 et 2008, date de la suspension de parution du journal, pensez-vous que la situation des femmes ait évolué positivement ?
Shahlâ Sherkat : La situation des femmes s’est améliorée. Le magazine a aidé les femmes à développer des positions politiques et sociales et à se montrer plus averties. Au fur et à mesure que leur situation politique et sociale changeait, Zanân les a aidées à évoluer dans ce nouveau contexte.
Nonfiction.fr : Le magazine a abordé à de nombreuses reprises la question du statut juridique des femmes (une femme reçoit en héritage la moitié de la part d’un homme, leurs droits de garde en cas de divorce sont très limités, les femmes n’ont pas accès aux fonctions de juges). Y a-t-il eu des avancées dans ce domaine ?
Shahlâ Sherkat : Des amendements ont apporté des améliorations à certaines lois. Les mouvements des femmes agissent également pour changer d’autres lois, notamment dans le domaine du divorce. Concernant le sigheh , aucune nouvelle loi n’a été prévue. Pourtant, la grande majorité des femmes s’y oppose.
Nonfiction.fr : Les articles publiés dans ce recueil donnent une vision très contrastée des femmes en Iran. On peut y lire des histoires très dures (l’un des articles raconte l’histoire de deux jeunes filles qui ont fait une tentative de suicide, et que leur père attend au domicile familial pour les tuer) qui donnent une image très sombre de la condition féminine, mais également des histoires de femmes qui se battent, parfois au sens propre – on trouve des portraits de judokas, et celui, très étonnant, d’une femme devenue camionneuse – et refusent de se laisser réduire à l’identité qu’on leur assigne. Comment expliquez-vous ce contraste ?
Shahlâ Sherkat : Dans toutes les sociétés, on rencontre ce type de contrastes. Certaines femmes apparaissent comme des victimes, d’autres se montrent plus combattantes.
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