On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Quant au passionnant chapitre X, consacré à la stratégie festivalière, il représente une application possible de ce que Marijke de Valck a décrit dans un ouvrage récent, Film Festivals : From European Geopolitics To Global Cinephilia. La prolifération de ces festivals, pour certains (Cannes, Berlin) associés à la tenue de marchés du film, leur a apporté de facto un puissant rôle "d’instance de légitimation" . Ils sont devenus des lieux d’échange entre capitaux culturels, symboliques et marchands. Mandelbaum décrit de façon très vivante la mise au point d’une stratégie festivalière par le directeur de production d’un film ; il précise à ce sujet : "Il n’y a que deux endroits au monde qui font encore rêver la profession : Cannes en priorité, qui cumule l’avantage du prestige artistique et du marché du film le plus performant, puis Venise, où l'absence de marché, c’est-à-dire d’opportunités de vendre le film à l’étranger, est cependant un handicap." . Finalement, après avoir subi de nombreux échecs lors des étapes de sélection, le film Parc a fini par être montré dans une des sections parallèles (Orizzonti) de la Mostra de Venise en septembre dernier.
La mise en place de la politique festivalière revient de droit au producteur, Serge Lalou dans le cas de Parc. Il est vrai qu’Arnaud des Pallières ne semble pas, selon Mandelbaum, prêt à s’impliquer dans cette politique. Il déclare par exemple : "Fondamentalement, je n’en ai rien à foutre de Cannes" ; ou encore : "Je pense que les festivals faussent un peu les choses, avec ce côté concours de la plus grosse bite qui ne m’intéresse pas plus que cela." .
Mais avant d’affronter les festivals et leurs diverses sections, d’autres préoccupations jalonnent la vie d’un film : le montage financier, le choix des acteurs, des lieux de tournage… En ce qui concerne Parc, nous suivons toutes ces étapes une par une. Tel un journaliste "embedded", particulièrement bien intégré dans le projet du film, Mandelbaum nous les rapporte avec un souci constant du détail. On apprend notamment comment le réalisateur a fini par obtenir la participation de Jean-Marc Barr et Sergi Lopez .
Concernant la crise actuelle du cinéma d’auteur, Mandelbaum prend soin de resituer le projet d’Arnaud des Pallières dans les débats inaugurés par le livre du "Club des 13", cette association de réalisateurs français, parmi lesquels Pascale Ferran et Claude Miller, décidés à défendre les "films du milieu", définis par un budget entre 2 et 15 millions d’euros . Le rôle des chaînes de télévision dans les mécanismes de production est également abordé : il est notamment question des engagements spécifiques d’arte, de canal+ et des chaînes de télévision publiques qui doivent consacrer 3,2% de leur budget à la production cinématographique.
Bref, si des films comme Le mépris, 8 ½, La nuit américaine ou plus récemment The Player d’Altman, concernaient déjà le cinéma "en train de se faire", avec L’anatomie d’un film Jacques Mandelbaum apporte à son tour - par le livre - un regard passionnant, à hauteur d’homme, sur ce qu’André Bazin nommait, à juste titre, "l’art industriel"![]()
2 commentaires
cm
cela donne en tous les cas envie d'aller voir ce film,dont les critiques que j'ai lues étaient très contradictoires.
cybertonton