Rédacteur

Critique ''at large''

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le monde ne se pilote pas comme une usine
[lundi 02 mars 2009 - 05:00]
Economie
Couverture ouvrage
Les stratégies absurdes, comment faire pire en croyant faire mieux
Maya Beauvallet
Éditeur : Seuil
147 pages / 13,30 € sur
Résumé : L’économiste analyse avec humour et humilité la faillite des indicateurs et incitations issus de la théorie managériale, pour proposer une théorie par l’exemple.
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Un hôpital constate que certains chirurgiens ont un taux de décès en cours d’opération supérieur à celui de leurs confrères. Comment les incite-t-on à s’améliorer ? Et ces joueurs de football qui ratent leur passe ? Et ces donneurs de sang que l’on décide de payer ? L’ouvrage frappe par cette sorte d’humilité : pas de théorie générale de la bonne gouvernance. Ne comptez pas sur Maya Beauvallet pour vous présenter une nouvelle théorie générale du management, immédiatement exploitable dans les écoles de commerce. Ne comptez pas sur elle, non plus, pour voler au secours de l’autonomie irréductible du sujet et pour plaider pour le rejet, non plus, de toute forme d’incitation, ni de théorie du caractère insaisissable de l’âme humaine. Au contraire : une analyse précise et scientifique de chacun des exemples (qui permet à l’auteur de nous distiller quelques résultats importants de recherches en économie, comme le rapport entre les incitations internes et les incitations externes).

Simplement, méthodiquement, en décryptant ces exemples, l’auteur met à jour un ensemble de règles qui s’appliquent à tous ces efforts de management par incitations : a-t-on choisi le bon paramètre ? Ne va-t-on pas affaiblir d’autres incitations ? Que se passe-t-il si les sujets se mettent à négliger les autres dimensions de leur activité ? Encourage-t-on l’égoïsme ou le free rider ? Existe-t-il des moyens de feindre de respecter les indicateurs ? Ne risque-t-on pas de pousser les services publics à se concentrer sur les "meilleurs" clients, c’est-à-dire ceux qui vont améliorer la probabilité de réussite ? Avec l’avant-dernier chapitre, consacré à l’évaluation de la recherche, l’analyse de cette question que l’actualité rend brûlante devient sophistiquée. L’auteur démonte avec malice, mais de manière probante, combien tous les standards actuellement disponibles échouent à répondre clairement à la simple question de savoir ce qu’est un "bon" chercheur.

Une sorte d’humilité donc, mais en refermant cet ouvrage, on ne l’oublie plus. Une petite graine de doute et de méthode a été semée, qui fait regarder bien différemment les différentes évaluations et incitations qui sont produites par dizaines tous les jours dans tous les champs de la vie sociale….

 

À lire également sur nonfiction.fr :

- Maya Beauvallet, Les stratégies absurdes (Seuil), par Virginie Mandaroux.
 

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6 commentaires

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Peretz

06/03/09 12:43
Le monde occidental s'est complexifié de telle façon que la vie quotidienne se dérégule de plus en plus, dans les détails. On perd ses repaires, et le bon sens qui va avec. Seule solution, changer de mode de vie, donc de civilisation. On y vient peut-être actuellement. Il s'agit bien d'une usine, mais d'une usine à gaz...

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