On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Ainsi, par exemple, dans une université généraliste, permettre à des scientifiques de faire plus de recherche (ne serait-ce que parce qu’ils sont davantage susceptibles de rapporter des financements supplémentaires à leur établissement) en allégeant leur service d’enseignement devenait possible sans ajouter un euro au budget de l’université mais en obligeant leurs collègues de lettres et sciences humaines ou de la faculté de droit (qui rapportent moins…), à faire davantage d’heures d’enseignement – le tout sans avoir à les payer en heures supplémentaires. Le tour de passe-passe, même pour un groupe aussi inattentif à ses intérêts que la communauté universitaire, était tout de même un peu gros.
D’autant que le Président de la République lui-même a finalement "lâché le morceau" en révélant le sens profond de toute l’opération par l’affichage cru de son mépris et de sa désinvolture à l’égard de toute la communauté dans son discours du 22 janvier 2009 – on ne mentionnera d’ailleurs ici qu’en passant le ton sur lequel a été prononcé de discours, d’une vulgarité confondante, indigne en tout cas d’un chef d’Etat s’exprimant dans une occasion officielle voire solennelle. Pis, il a montré que non seulement il ne comprenait rien à la vocation spécifique de l’université mais qu’il dédaignait l’idée même de recherche au profit d’une vision simpliste et triviale de ce qu’il nomme "l’innovation". En traitant tour à tour les universitaires et les chercheurs de conservateurs désireux de garder un mauvais système, de quémandeurs de deniers publics incapables de gérer correctement leur utilisation, de fonctionnaires refusant l’évaluation, incapables d’affronter la concurrence internationale…, il a réussi la performance de faire se lever contre lui, son gouvernement et la réforme, le plus important mouvement social que ce milieu ait jamais connu, jetant dans la rue et dans la grève, ensemble, l’extrême-gauche la plus radicale et la droite la plus conservatrice ! La crispation ministérielle qui s’en est suivie depuis n’a rien arrangé jusqu’à ce que le gouvernement soit contraint par ce mouvement d’ampleur inédite, bientôt rejoint par les étudiants et les autres personnels de l’université, de reculer. Pour le moment, même si le mot "retrait" n’a pas été explicitement prononcé, la "chose" est faite puisque le projet de décret a été retiré du Conseil d'Etat et qu'il va entièrement être revu. Une "médiatrice" et des députés UMP ont repris l’affaire en main. Ils encadrent désormais une ministre qui refuse toujours d’admettre qu’elle a reculé alors qu’elle a le dos au mur depuis un moment déjà.
C’est bel et bien, évidemment, Nicolas Sarkozy qui porte la responsabilité pleine et entière de ce fiasco. Que la ministre l’ait suivi ou subi importe peu ; elle est restée malgré tout et continue de défendre "sa" réforme. L’important n’est pas là. Le problème principal que soulève ce gâchis est celui de son impact sur l’idée même de réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les acquis, laborieux, de la dernière campagne présidentielle, sont désormais à terre ; et on entend déjà le murmure de revendications futures dans le sens d’une simple augmentation des moyens sans réforme du système. Ceux qui voudront continuer de défendre qu’il faut les deux à la fois, en même temps, seront immédiatement renvoyés aux fausses promesses et aux manipulations sarkozystes. On ne les écoutera plus dire qu’il est possible de faire les choses autrement, dans l’ordre des urgences et selon une vision d’ensemble cohérente, en concertation avec tous les acteurs et devant les citoyens. Et le faire en s’appuyant sur les valeurs mêmes de l’université et de la recherche, en prenant le temps nécessaire à la mise en place non d’un système idéal certes mais simplement vivable pour tous ses acteurs et dont le pays tout entier pourrait enfin être fier![]()
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Évaluer les revues, classer les chercheurs?, par Camille Renard
8 commentaires
Laurent Bouvet
@ramou : si vous trouvez vraiment que les médias "soutiennent assez fortement les universitaires", je vous conseille la lecture de deux lettres ouvertes que j'ai adressées à Catherine Rollot du Monde et Marie-Estelle Pech du Figaro, ainsi que la tribune que l'on a faite avec quelques collègues pour protester contre les contre-vérités (justement...) voire les injures de Christophe Barbier, Franz-Olivier Giesbert ou encore Sylvie Pierre-Brossolette... A lire sur : http://laurentbouvet.wordpress.com
ramou
A une exception près : Je ne pense pas que passer la loi LRU précipitamment durant l'été soit une erreur (du point dde vue du gouvernement!). En effet, si la forte mobilisation des universitaires va très probablement provoquer le retrait du décret sur le statut des enseignants chercheurs, la loi LRU, elle, restera et servira de base au prochain décret de réforme de statut qui ressemblera fortement à celui-là. Ils pourront alors communiquer différemment en disant "de toute façon, les enseignants chercheurs sont opposés à tout et veulent conserver leurs privilèges!"
Cependant, je trouve que les médias soutiennent assez fortement les universitaires.
EspritLibre
- ce gouvernement serait-il arrivé à son "niveau d'incompétence", selon la théorie bien connue qui dit : tant qu'on est bon dans son job, on progresse. Une fois qu'on y devient mauvais, on y stagne ?
- les universitaires n'ont-ils pas, en leur sein, toutes les compétences (histoire, économie, philosophie, anthropologie, sociologie ...) pour fournir la meilleure expertise d'un tel sujet, et fournir par eux même ce qui serait le mieux, étant posées les contraintes et données de cette réforme ?
BizzZZZ