On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Sans toutefois généraliser cette tendance, Camile Peugny dresse deux hypothèses intéressantes pour tenter d’expliquer ce supplément d’attrait : Une première hypothèse, mobilisée depuis déjà longtemps, fait du vote FN le résultat d’une frustration, le réceptacle de désillusions, l’expression d’une colère ou d’un désarroi. C’est une expression de protestation.L’autre hypothèse consisterait en un effet de la recomposition originale du discours économique et social : un discours d’hostilité face au libéralisme économique, mais un discours ambivalent s’agissant des exclus et Rmistes, les considérant à la fois comme des "victimes" mais aussi comme des "assistés". Cela rejoindrait l’habileté de Jean-Marie Le Pen à concilier la défense des "petits" et "sans grades" face au système mondialisé, tout en critiquant l’assistanat. On voit pointer ici le danger d’un vote d’adhésion à des idées. Ayant refermé peut-être trop rapidement la parenthèse d’avril 2002 suite aux mauvais résultats du FN en 2007, cette partie du livre invite néanmoins à réfléchir au virage idéologique pris par le FN qui pourrait s’accorder aux représentations construites par une partie des déclassés.
On regrettera à la fin de l’ouvrage le parti-pris plus politisé adopté par Camille Peugny. Replaçant la question scolaire au cœur de la compréhension du phénomène de déclassement, force est de constater aujourd’hui que les clivages partisans traditionnels ont depuis longtemps été dépassés sur ce sujet. Connaissant les coûts psychologiques que peuvent subir les futurs actifs surqualifiés pour les postes qu’ils occupent, la question qui se pose est celle de la réduction du décalage grandissant entre l’évolution de la structure des diplômes et celle de la structure sociale. Poser cette question des débouchés et y apporter des solutions innovantes est indispensable, car la confiance retrouvée envers l’institution scolaire et universitaire est la seule garante des fondements du pacte social![]()
5 commentaires
benjamin berut
En effet, l'ascenceur social ne fonctionne plus comme il devrait, le modèle est brisé et ce qui semble apparaître dans ce livre (que je n'ai pas encore lu je le rappelle) c'est qu'il s'y colle. L'argent que l'on gagne est-il la seule valeur d'alignement de la réussite d'un individu? Sociale peut-être et encore.
Il y a incontestablement une logique de déclassement, une série de questions à poser sur l'ascenceur social en France, mais on doit éviter d'être dans une vision purement économique pour ouvrir le champ de ce qu'est la réussite d'un individu ou d'une société. L'école ne sert pas seulement à trouver un métier bien rémunéré, en tout cas c'est mon point de vue...
Très bonne critique quoiqu'il en soit, je retiens le titre pour mes prochaines errances en librairie.
benoit
J'ai particulièrement apprécié le passage par le vécu des déclassés, et la manière dont leur déclassement influence leurs opinions politiques.
De la sociologie utile!
Greg22
Ce bouquin est très intéressant. Vraiment. Je ne vois pas où est la comparaison avec les états-unis dans le livre : nulle part.
Quant au débat sur l'utilisation des CSP, il n'intéressera que 17 personnes en France, donc franchement, sans intérêt. Ce livre met le doigt sur une réalité que tout le monde évoque à longueur de temps, sans jamais d'élément concret. Ce livre dit quelque chose de fort sur la société, c'est suffisamment rare pour la sociologie contemporaine qui préfère trop souvent partir dans des abstractions fumeuses... Merci à Peugny, donc.
variable
Le gros défaut du livre de Peugny est son parti de considérer comme déclassement uniquement le passage durable dans un emploi employé/ouvrier quand on est fils/fille d'un père (le virilisme de notre appareil stat reflète adéquatement celui de notre société) cadre ou profession intermédiaire. Parce qu'il y a "classement" dans "déclassement", Peugny pense que tout ce qu'il y a à dire, comme sociologue, sur le déclassement, peut passer par le dépouillement de données INSEE qui utilisent le classement en CSP.
Hélas!
AU lieu de se contenter d'utiliser le sys des CSP, peugny aurait du se pencher sur son histoire (utiliser le livre de Thévenot et Desrosières).
L’ouvrage aurait profité d’une prise en compte des travaux de Castel. Le déclassement (version CSP) trouve son maximum sens dans une société organisée selon les CSP, que fut la "société salariale" d'avant Mitterrand.
Actuellement, la société française tend à être de moins en moins profondément structurée selon les CSP (ce qui rend les inégalités moins lisibles, raison pour laquelle on peut bien sûr avoir une position de défense des CSP, mais il ne faut pas les défendre en ignorant leur perte partielle de pertinence, notamment du fait de la précarisation et du chômage). Sans vraiment le dire, Peugny a ajusté son enquête aux limites du continent salarial. Il a un tropisme vers les individus qui sont proprement classés dans leur déclassement. Les salariés en CDI, sans doute. Mais que faire des troupes, pas négligeables numériquement, des pigistes crève la faim et autres surqualifiés surnuméraires, sur les fiches INSEE de qui l'on coche bien la case 3 (= cadre), mais dont les revenus n'atteignent pas tous les mois ceux de la moyenne des ouvriers? Sont-ils déclassés par rapport à leurs parents souvent cadres sup?
C'est le genre de sociologie que pratique Peugny qui est aujourd'hui déclassé, à la fois par notre histoire sociale et par des travaux sociologiques faisant un usage (car il y a toujours lieu d'en faire usage, bien sûr!) plus réflexif du classement INSEE.
AUtres détails comme : mobilisation de la comparaison américaine sans réflexion sur les conditions de pertinence d’une comparaison entre Etats. D’ailleurs, absence de réflexion sur ce dernier et son rôle de garant des formats et des positions (= du classement, donc).
Autre défaut : et Chauvel ?
Dans son analyse des impacts du déclassement sur le comportement politique des déclassés, il s’efforce de neutraliser la variable « préférence politique des parents », comme si celle-ci n’avait aucun rapport avec la trajectoire de leur enfant ! Chauvel suggérait que le lien entre déclassement et vote FN tenait en grande partie à la déception des parents. Là, Peugny reste dans un individualisme méthodologique impensé.
Peugny ne s’intéresse guère à la dimension politique de la question, comme si l’équilibre des contributions et redistributions sociales où la répartition des risque face au chômage s’étaient faites toutes seules.
Peugny n’a rien à nous apprendre sur le système éducatif et son fonctionnement. L'auteur du compte-rendu l'a mal lu sur ce point, sinon, il se serait aperçu qu'il ne nous a parlé de son propre aveu que du rapport de la structure sociale (en CSP) à elle-même à travers le temps dans les conditions de mobilité sociale qui sont les nôtres. Evidemment, il y a aussi un phénomène de "déclassement par rapport au diplôme", mais Peugny lui donne un statut vague d'adjuvant par rapport au déclassement CSP. Et il n'a rien de neuf à nous apprendre sur l'inflation des diplômes.
Un livre que, par charité pour l’auteur, on préférera oublier, en attendant que ce thème riche donne lieu, de sa part ou de celle d’un autre, à de véritables recherches.
jalaal