On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

De la ruine au kitsch
Un autre axe majeur de l'étude de Céleste Olalquiaga est la question de la ruine. Utilisant la figure de l'Atlantide (nouvelle figure marine, mythe personnel de l'auteur) pour donner forme à cette question, l'auteur s'intéresse à la ruine comme nouvel objet kitsch, comme figure d'un déclin, d'une perte, notamment grâce à une réflexion sur l'allégorie : le kitsch devient un objet-souvenir, kitsch nostalgique, et renvoie à ce qui lui a donné naissance, comme une référence, ruine de grandeur. "L'allégorie est le mécanisme actif du kitsch mélancolique" dira l'auteur elle-même. Céleste Olalquiaga expose ici une époque marquée par une volonté de saisir l'insaisissable autant que de réunir le fragmentaire d'une civilisation en perdition. Fausse ruine et grotesque sont tour à tour analysés comme les appareils constitutifs du kitsch, comme outils du souvenir. La ruine est un fantasme, fantasme de ce qui est déchu et était porteur d'une grandeur. Les empires eux mêmes disparaissent, il suffit pour cela de voir les ruines romaines qui ont tant fasciné la peinture de Poussin, Claude Le Lorrain, Turner, voire Whistler : mais dans tout cela, la nature reste. Même si le kitsch est faux, sonne faux, et se manifeste comme faux, il porte une force affective irrésistible qui le hisse à un degré neuf, inattendu jusqu'alors.
Finalement ?
Céleste Olalquiaga surprend, du moins, dans un premier temps. Se situant à contre courant d'un fantasmatique mode de pensée dominant sur le kitsch comme objet moindre (si l'on considère les choses en dépit de l'apport d'artistes comme Koons ou Murakami qui déterminèrent le kitsch comme l'un des codes de l'art contemporain), Céleste Olalquiaga succède à Sternberg ou Moles, autres rares défenseurs du kitsch, insistant sur la positivité du principe né de Louis II de Bavière et de ses châteaux surchargés de mauvais goût.
La positivité du kitsch s'oppose à sa définition première : le "royaume de l'artifice" devient le royaume du souvenir, d'une marche volontaire ou inconsciente vers un passé, une ruine de grandeur. Nous ne sommes pas comme chez Greenberg dans une réflexion sur l'objet d'art, mais sur l'objet en tant qu'artefact trivial. Si l'analogie avec le monde marin peut sembler, au premier abord, pesante, lointaine de toute esthétique au sens propre du terme - réflexion sur l'art rigoureuse - elle tire peu à peu son sens dans la poétique qui, finalement, semble entourer l'objet kitsch et qui donne une unité cohérente à la pensée de l'auteur. L'objet se détermine dans un rapport des affects, en dépit de sa valeur objective ou sociale.
En laissant s'entrecroiser les disciplines, l'histoire côtoie la sociologie et l'art et laisse alors émerger plusieurs questions fondamentales, tout en en ignorant d'autres, sur l'essence du kitsch et sa compréhension dans la société moderne et contemporaine. De cet objet moindre, moins bon que l'original, à cet autre artefact porteur d'unicité, de mélancolie, de ruine d'un temps, quel est le véritable visage de l'objet kitsch ? En dépit d'une approche de surface offerte par l'auteur qui s'intéressera ainsi plus à des cas particuliers historiques qu'aux propriétés immanentes de l'objet kitsch, voila une belle question posée ici par le Royaume de l'Artifice, plongée sous-marine vers l'essence du souvenir...![]()
Ouvrage publié avec l'aide du Centre national du livre.
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