On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Lancé au mois de janvier 2009, avec deux titres parus à jour (Gérard Rabinovitch, De la destructivité humaine ; Éric Desmons, La Citoyenneté contre le marché), la collection "La condition humaine", dirigée par la philosophe Michela Marzano, a pour ambition de proposer, par le biais de formats courts, des ouvrages permettant à chacun de comprendre les dimensions multiples, complexes et contradictoires, des actions que nous sommes menées à accomplir tout au long de l' "aventure tragique" de la vie. Retour ici, avec Michela Marzano, sur les caractéristiques et les volontés de ce projet éditorial, qui se veut à la fois humaniste et politique.
nonfiction.fr : Pourriez-vous revenir sur la genèse de cette collection ? Est-ce vous qui en avez eu l'idée ou bien le projet vous a-t-il été proposé par les PUF ?
Michela Marzano : Disons que c’est le fruit d’une double ambition : d’une part, mon désir de créer un espace de réflexion sur les rapports complexes que chaque individu établit avec lui-même et avec les autres ; d’autre part, le désir des PUF de lancer une collection capable de sortir des sentiers battus, de faire découvrir de nouveaux auteurs, d’échapper aux conformismes, comme j’avais essayé de le faire avec le Dictionnaire du corps, sans s’enfermer dans un jargon disciplinaire.
nonfiction.fr : Les premiers livres publiés dans la collection "La condition humaine" adoptent un format court (160 pages). Sera-ce le cas pour les autres titres de la collection ? Cela est-il le signe d'une volonté de proposer des livres qui, tout en étant rigoureux dans leur approche, n'ont pas la prétention à êtres des sommes sur leurs sujets mais d'abord des incitations à la réflexion et au débat ?
Michela Marzano : Oui. Tous les ouvrages adopteront le même format, car le but de cette collection est tout d’abord de dénouer avec simplicité et clarté les questions d’un monde devenu trop souvent opaque, voire illisible. Il ne s’agit pas de viser l’exhaustivité ou encore de proposer aux lecteurs un cheminement obligé, mais de les inviter à réfléchir sur des thèmes complexes qui touchent à l’action humaine et à ses contradictions.
nonfiction.fr : Les deux premiers titres portent pour l'un sur la citoyenneté pour l'autre sur la question du mal absolu et de la destructivité. Les titres à venir auront trait à la peur et à la crise actuelle des classes moyennes. Les thèmes abordés sont donc très variés. Quel est le lien entre ces différentes approches ? Est-ce le signe d'une volonté de faire de "La condition humaine" une caisse de résonance des grands problèmes contemporains, en étant à même de leur apporter un éclairage philosophique ou tout du moins une mise en perspective qui dépasserait l'horizon du simple constat ?
Michela Marzano : À partir du moment où le but de la collection est d’analyser les difficultés et les contradictions auxquelles les hommes et les femmes sont confrontés aujourd’hui, les thèmes abordés, de même que les approches d’analyse (philosophique, historique, juridique, anthropologique, etc.) ne peuvent être que très variés. Comment prétendre en effet faire de la "condition humaine" l’objet d’une collection si l’on n’est pas prêt à se confronter aux différents aspects de cette "aventure tragique" qu’est la vie, comme le disait André Malraux dans La Condition humaine ? C’est d’ailleurs en son honneur que j’ai voulu que cette collection se nomme ainsi, afin qu’elle devienne une "caisse de résonance" des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés. Nous partageons tous cette "aventure tragique" dans ce qu’elle a à la fois de sublime, de fragile et de vil. Il s’agit donc d’arriver à donner des éclairages afin que chacun puisse, par la suite, trouver ses propres repères.
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