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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La théologie en bref et en détails
[mercredi 11 février 2009 - 05:00]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
Histoire de la théologie
Jean-Yves Lacoste (dir.)
Éditeur : Seuil
500 pages / 23,75 € sur
Résumé : Un livre d'une rare ampleur, qui présente, à destination de tous, les grands axes de la théologie chrétienne et ses évolutions au fil de sa longue histoire.
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Et nous voici parvenus à la dernière centaine de pages dans lesquelles Jean-Yves Lacoste survole les courants théologiques des XIXe et XXe siècles. Un survol donc, mais pouvait-il en être autrement ? Pourtant ces siècles, ceux de Hegel et de Schleiermacher – l’influence de ce dernier fut considérable – furent aussi ceux des écoles de Tübingen et d’Erlangen, du protestantisme et du catholicisme libéral, de Manning et de Newmann, celui du modernisme aussi. Quant au XXe, il ne fut pas en reste : on peut même se demander si avec Fourvière, le Saulchoir et le Centre Sèvres (n’ayons garde d’oublier ni Rome, ni Louvain), la théologie catholique n’a pas vécu alors un nouvel âge d’or, avec l’enseignement et les travaux des Révérend Pères de Lubac, Congar, Chenu, Daniélou, dont l’influence fut considérable à Vatican II, et même de Teilhard de Chardin pour qui l’auteur fait preuve d’une sévérité , que n’aurait sans doute pas partagée le Père Henri de Lubac justement, auteur en 1962 chez Aubier d’une Pensée religieuse du Père Teilhard de Chardin où l’on trouvait tout de même un chapitre "Foi et intelligibilité". Le livre passe sous silence le rôle des revues théologiques (Le Point théologique, La Revue thomiste de Louvain, Communio, Concilium, etc), les travaux de nombre de "théologiens d’aujourd’hui" tels que Henri-Jérôme Gagey, Claude Geffré, Emmanuel Durand, Marc Müller, et bien d’autres… Plus choquante encore l’omission (volontaire ?) de Hans Küng, de Schillebeckx, d’Eugen Drewermann, tous "en coquetterie" (euphémisme !) avec Rome. Même si elle apparaît aujourd’hui – les condamnations au silence de Léonardo Boff et du Père Guttierez aidant – la théologie de la libération n’a droit qu’à guère plus d’une page : c’est trop peu, d’autant qu’elle a aussi des prolongements asiatiques dont le livre ne souffle mot. Jean-Yves Lacoste a raison en revanche d’insister sur l’importance "des deux" (c’est le titre du chapitre) figures centrales de Karl Barth et d’Urs von Balthasar, de leur joindre même Karl Rahner, tout comme il a encore raison d’avoir fait une place, si brève soit-elle, à la théologie féministe, aux théologiens de "la mort de Dieu" et de "la cité séculière" (Harvey Cox). Mais pourquoi alors négliger le double phénomène du pluralisme religieux et de l’œcuménisme "nouveau(x) paradigme(s) de la théologie" selon Claude Geffré ?

Finissons : les auteurs – c’était leur droit – ont choisi de ne donner que des bibliographies succinctes pour chacun des quatre chapitres (celles du précédent Dictionnaire critique déjà cité étaient plus copieuses). Et celles-ci privilégient tout de même beaucoup (trop?) les ouvrages en allemand, aux dépens d’autres qui seraient plus accessibles au commun des lecteurs que ce livre mérite. Pas non plus de notes, ni en bas de pages, ni en fin de volume (évidemment, celui-ci eût atteint des dimensions inacceptables !). Un index nominum en revanche aidera à retrouver aisément tel ou tel théologien et son œuvre. Mais n’eût-il pas été utile – en pensant là encore au non-spécialiste – d’y joindre un court lexique pour un minimum de termes "techniques" couramment utilisé par tous nos théologiens tels que protreptique, kérygme, stomates, hénotique, hésychasmes (on dit aussi hésychastes), et même épistémologie et herméneutique, pourquoi pas ? Mais ce genre de lexique existe par ailleurs. Au lecteur de s’y reporter.

Surtout que ces ultimes remarques n’enlèvent rien à ce livre dense, riche, certes pas toujours d’une lecture aisée, mais d’une rare ampleur et fort nourrissant : en 500 pages on ne pouvait espérer mieux.
 

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