Penser la puissance européenne
[mercredi 11 février 2009 - 10:00]
Europe
La norme sans la force
Zaki Laïdi
Éditeur : Presses de Sciences Po
Les dangers de la paralysie du politique semblent quelque peu exagérés. Et l’on critiquera la rapidité de la comparaison qu’opère Zaki Laïdi entre l’idée de constitutionnalisation de l’ordre mondial et la construction européenne. Celui-ci rappelle les difficultés que connaît l’Union européenne en terme d’efficacité politique et de légitimité, en raison notamment de l’inexistence d’un
demos européen ou plus globalement de l’absence de puissance narrative européenne. Mais faut-il pour autant en conclure au penchant despotique du système communautaire, tout en mettant par ailleurs sous silence son fait principal : l’édification de la paix, la constitution de la première puissance commerciale mondiale et la diffusion effectives des droits fondamentaux.
Une telle construction fondée sur le primat de la norme serait-elle incompatible avec les enjeux mondiaux que sont, entre autres, l’usage multilatéral de la force et la lutte contre le réchauffement climatique, enjeux qui ne semblent pas pouvoir être appréhendés efficacement par le simple biais de la coopération interétatique et donc du primat de l’autonomie politique ?
Un ouvrage à mettre entre toutes les mains
Malgré les réserves relatives au dernier chapitre, Zaki Laïdi signe avec
La norme sans la force un ouvrage lumineux par un propos aussi dense que clair, et génialement accessible. L’ouvrage s’empare, en effet, d’un sujet hautement complexe qu’est l’énigme de la puissance européenne et le traite de manière pédagogique, sans verser dans la vulgarisation insipide, tout en s’appuyant sur un solide travail d’illustrations. En outre, le lecteur apprendra, au détour d’un chapitre, à déminer certaines contre-vérités particulièrement tenaces dans l’opinion publique, comme par exemple le mythe du penchant libre-échangiste de l’Union européenne
.
Un ouvrage à mettre donc entre toutes les mains, aussi bien pour le néophyte intéressé par les questions européennes que pour l’étudiant ou chercheur plus avancé à la recherche d’une présentation structurée des problématiques et d’une première approche de la littérature scientifique existante dans ce domaine
- Zaki Laïdi, “
A Normative Empire. The Unintended Consequences of European Power”,
Garnet working paper, 6/08.
* À lire également sur nonfiction.fr :
- Justine Lacroix,
La pensée française à l’épreuve de l’Europe (Grasset), par Nicolas Leron.
10 commentaires
La rédaction
je vous accorde que publier la critique d'une personne qui appartient au même centre de recherches que l'auteur peut être maladroit et faire naître des doutes chez nos lecteurs.
Permettez-nous cependant de rappeler plusieurs points :
1- Non Fiction se distingue quand même, justement, par une intention d'éviter les renvois d'ascenseurs et copinages.
2- Il arrive effectivement que des personnes se connaissent, et dans ce cas ce fait est toujours signalé ; le "disclaimer" relève bien d'une démarche éthique (voyez-vous ce genre d'avertissement dans beaucoup d'autres supports ?) à destination du lecteur, qui pourra ainsi exercer son esprit critique en tenant compte de cette information.
3 - Sur le "disclaimer" : il s'agit effectivement d'un "avertissement". Le "footer" est davantage un terme technique, plus difficilement traduisible. Ce ne serait, selon vous, pas assez visible, et nous souhaiterions que les gens n'y prêtent guère attention : détrompez-vous ! Si tel était le cas, pensez-vous que nous intégrerions un signalement du disclaimer en haut de l'article ? Par ailleurs, nous répondons à nos lecteurs qui nous demandent une explication.
4- En tout état de cause, nous ne demandons pas ou n'acceptons pas que des gens écrivent si cela les met dans une situation de dépendance trop forte, à la fois pour nous et nos lecteurs (préserver une qualité de critique) et pour eux (ne pas se mettre en difficulté). En l'occurence, et pour préciser les choses, Zaki Laïdi n'est pas le directeur de thèse de Nicolas Leron et ne siègera pas dans son jury.
5- De sorte que les liens (interpersonnels ou institutionnels) entre un critique et un auteur (ou un éditeur) n'induisent pas forcément des louanges (les exemples ne manquent pas sur Non Fiction !) ; le critique dit, ou s'efforce de dire, ce qu'il pense du livre.
Nicolas
Vous ne relevez pas la critique que je fais sur le fond de la pensée de Zaki Laïdi, la question de la constitutionnalisation de l'ordre mondial. Critique qui n'est certes pas exempte des formes de respect que l'on doit à tout auteur, a fortiori lorsque celui-ci est directeur de recherche dans votre centre de recherche. Mais critique claire de la cohérence même de la pensée cet auteur, malgré le fait qu'il soit directeur de recherche dans votre centre de recherche.
Quant à la question de l'intérêt à faire faire les recensions par des critiques externes aux centres de recherche des auteurs des livres, je vous concèderai que vous n'avez pas tort.
Jean M.
Iba
Merci.
Iba
je cite la fin de l'article qui est quand même un modèle de complaisance et de flagornerie : "un ouvrage lumineux par un propos aussi dense que clair, et génialement accessible. L’ouvrage s’empare, en effet, d’un sujet hautement complexe qu’est l’énigme de la puissance européenne et le traite de manière pédagogique, sans verser dans la vulgarisation insipide, tout en s’appuyant sur un solide travail d’illustrations." J'espère que l'auteur de ces phrases (qui a oublié de saluer en Zaki Laïdi un Coryphée des sciences et de la pensée, le Phare de l'humanité enténébrée, etc...) sera hautement récompensé de cet exercice courtisan.
Quant à non-fiction, le site gagnerait à faire rédiger des recensions par des personnes extérieures aux centres de recherches des auteurs des livres. Parfois, ce site tombe dans les travers du tout petit monde universitaire... Flagornerie éhontée, renvois d'ascenseur, etc...