Environnement et développement durable
Écologie, communauté et style de vie
Arne Naess
Éditeur : MF
Un anthropomorphisme non-anthropocentrique ?
La dimension eugéniste, voire fascisante, que pourraient comporter de telles recommandations en matière de population, se dissipe en effet à la lecture. Naess l’inscrit dans le cadre d’une responsabilité particulière de l’espèce humaine, qui consiste selon lui à limiter sa quantité.
L’écosophie de Naess a un rapport complexe à la science, s’appuyant sur des données biologiques tout en rompant avec elles. Elle est biologique dans la mesure où elle s’ancre dans le profond sentiment de plaisir que nous tirons de notre communauté et de notre association avec les autres formes de vie ; mais elle est en rupture avec la biologie et proprement métaphysique dans l’affirmation de "principes" qui contreviennent manifestement aux faits biologiques : ainsi, l’égalitarisme biosphérique doit valoir
en principe, même si "toute pratique réaliste nécessite que l’on tue, que l’on exploite ou que l’on réprime"
. De même, Naess prend clairement ses distances avec un éloge sans conteste de la "Nature" : "Nous avons le droit de ‘louer la nature’ au moyen de superlatifs absolus dans nos poèmes ou dans d’autres formes rhétoriques, mais pas dans notre philosophie ou en politique." Puis, prenant clairement ses distances avec le darwinisme social, le fascisme et le national-socialisme pour leur "culte illimité de la vie", il ajoute : "[…] en tant qu’écosophes, nous devons éviter de faire croire aux gens que nous disons ‘oui !’ à tout ce qui vient de la nature".
La philosophie de Naess renouvelle le geste fondamental de rupture avec l’anthropocentrisme, sans pour autant sous-estimer la singularité de l’espèce humaine : on pourrait appeler cela un anthropomorphisme non-anthropocentrique. La singularité de l’humain lui donne incontestablement une place à part. Simplement, celle-ci ne doit pas s’exprimer comme droit de conquête, de maîtrise et de maltraitance, mais comme un appel à "assumer un genre de responsabilité pour sa conduite envers les autres" : l’humain est donc central, garant d’"une prémisse du soin universel que les autres espèces ne peuvent pas comprendre ni apporter"
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Anselme