On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Picasso et ses maîtres allemands
Paradoxe de l’histoire, Picasso, dont les marchands d’art sont Uhde et Kahnweiler, est pris dans le sac de "l’art boche" peu après la première guerre mondiale et rejeté d’Allemagne comme "dégénéré" par le nazisme montant dans les années 1930. Peu importe pour Picasso qui explore les primitifs germaniques et notamment Lucas Cranach (David et Bethsabée) dans son style sophistiqué au faux air de simplicité. Il en extrait les lignes et les tonalités principales, selon son habitude.
Étrange Picasso. Symbole de la révolution picturale au XXe siècle, il nous apprend à regarder les chefs d’œuvre du passé d’un autre œil. En 1947, quand le directeur du Louvre décide de montrer quelques unes de ses toiles, il demande qu’on les place avant la venue du public, tantôt à côté de celles de Delacroix, tantôt à côté de celles de Poussin et d’Ingres. Il veut montrer son œuvre à ses pairs (à ses pères ?), obtenir leur assentiment. Son attitude est celle du disciple. On peut déplorer, pourtant, que le catalogue de cette grande exposition soit unanimement élogieux, qu’il n’interroge pas davantage la démarche de Picasso dans ce qu’elle a de normatif, de violent, de destructeur des valeurs anciennes. La lecture des livres d’or, dans les trois lieux d’exposition montre qu’il aurait fallu le faire![]()
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