Littérature
Antimanuel de littérature
François Bégaudeau
Éditeur : Bréal
À cet égard, l’
Antimanuel de littérature, loin de satisfaire aux demandes d’un élève de terminale, convient davantage à un étudiant littéraire en mal de recul par rapport à un "savoir savant". Loin de révéler un hypothétique anti-patrimoine littéraire, l’essai de Bégaudeau brouille les pistes, apposant un vernis désinvolte sur une doxa khâgneuse – à moins que ce ne soit un vernis khâgneux qui protège une prose désinvolte. Le ton volontairement provocateur et familier ne s’appuie pas foncièrement sur une contre-culture littéraire. Si ce n’est dans le choix des textes et des images au demeurant très pertinent, la prose de Bégaudeau se nourrit de discours scolaires : de la distinction entre prose (marche) et poésie (danse) empruntée à Paul Valéry aux références attendues au Barthes du
Degré zéro de l’écriture concernant l’intransitivité de l’écriture, Bégaudeau ne cesse de réactiver ses souvenirs de prépa. Pour justifier le titre d’antimanuel, il s’en remet alors à son principe rétroactif : chaque développement savant se trouve pondéré par un trait d’humour-potache, chaque réflexion ponctuée de saillies pseudo-comiques ; Bégaudeau semble ainsi déclarer à chaque page : "Faites-bien attention, je suis savant, mais je ne suis pas savant." Dans cet esprit, la palme revient sans nul doute au glossaire, qu’on souhaiterait digne de Leiris (
Glossaire, j’y sers mes gloses) mais qui n’est qu’une succession de blagues faciles et peu efficaces. Au hasard, "Rime masculine" : "Rime persuadée d’avoir la plus grosse" ; "Vers libre" : "Vers prénommé Max. Y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler." À chacun de juger …
En définitive, le Bégaudeau de l’
Antimanuel offre un visage multiple : agaçant lorsqu’il se croit obligé de déminer ses références intellectuelles par des tournures désinvoltes ou des analogies infantilisantes, passionnant quand il ose enfin se décomplexer et assumer son statut d’intellectuel. L’
Antimanuel offre ainsi quelques belles pages sur la littérature contemporaine. Citant Échenoz, Cadiot ou Sorman, Bégaudeau se livre même à des analyses techniques de haute volée – ce qu’il nomme le "concret de la fabrication". On pense aux passages consacrés au discours indirect libre ou à ceux sur les incipits. Débarrassé de sa rhétorique rétroactive, François Bégaudeau séduit son lecteur et lui apporte ainsi des perspectives d’analyse riches et originales sur une littérature qu’il souhaite – et nous avec lui – "bien vivante"
4 commentaires
Gilles
Je me trompe peut-être mais M.Bégaudeau ne mentionne pas Nicolas Boileau et Mme de Lafayette dans son manuel. Ces écrivains - au talent largement supérieur (c'est peut dire !) à celui dont fait preuve Bégaudeau en qualité d'écrivain bobo-branché- méritent une place réservée au panthéon de la littérature (soyons un peu pompeux !)
la belle oiseuse... à moins qu
Nadianne
J'ai commencé par regarder les images -super ! - et en plus il y a les références, ce qui permet d'en repêcher certaines sur internet.
Après il a fallu passer au choses sérieuses et commencer à lire... Je ne suis pas une vraie intellectuelle, ma gêne venait de ce qu'il n'y avait rien de positif, il ne sortait rien de là-dedans, mais avec ce principe de rétroactivité je comprend mieux. Je n'en suis qu'au deuxième chapitre je vais continuer, sans espoir pour la "troisième partie de dissertation, synthèse" il n'y en aura pas, OK.
Une chose sympa : Bégaudeau aime les chats, il y en a partout, bonheur, même la littérature définie comme un chat sur le dos les pattes en l'air - (mais pas sans queue ni tête, c'est moi qui le dit !).
victor
Tentative d'ébauche d'un contre anti manuel de la littérature
"une activité qui se vit et, abandonnant l'objectif d'une définition, se contente de se faire."
"...participant de ce que Julien GRACQ appelle la chose littéraire et qu'il définit comme l'ensemble des productions de l'imagination et d'arts. Définition qui vaut surtout parce qu'elle n'exclut à peu près rien. [Merci de bien vouloir citer,à l'aide du langage, quelque chose ou quelqu'un qui ne serait pas partie des fruits des imaginations ou des arts] "
"Le vocable littérature existe, circule, fonctionne, quelques pratiques, objets, voire même peut-être sujets ou corps, se retrouvant et ne se retrouvant parmi, sous le seing à moins qu'en son sein. Ainsi, un être vivant, désigné par le mot tigre qui comme chacun sait ne rugit pas, en général, ne s'en trouva point modifié. Ainsi, d'ailleurs, peut-être, le tigre devint tigré sans en être affecté, son étant ne l'entendant point, de cette oreille..."
etc...
d'après L'anti manuel de littérature, F. BEGAUDEAU, ed.BREAL, 2008.
in www.myspace.com/manuelleyerly
www.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.ListAllCustom&friendID=357449938&swapped=true&page=2