On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Alors quels sont les thèses défendues par l’auteur ? On peut facilement en identifier trois :
Tout d’abord, Fabiani aborde le genre du festival en tant que lieu où se façonnent, s’orientent et s’aiguisent les goûts culturels. Il montre que les débats sont l’occasion d’une mise en perspective, d’un cheminement et d’une orientation où l’individuel et le collectif interagissent . Le fait qu’il s’agisse, dans son étude, d‘un "bon" public, doté selon la terminologie bourdieusienne d’une "bonne volonté culturelle" , ne fait que faciliter la mise à jour de procédés qui conservent leur validité pour d’autres publics. Renouant avec des formes culturelles plus anciennes, le festival met en exergue la "primauté d’une sociabilité culturelle fondatrice" . Fabiani se réfère bien sûr à La fête révolutionnaire analysée par Mona Ozouf mais l’on pourrait aussi évoquer des festivals contemporains comme "Le Pari(s) du vivre ensemble", où il est également question de "manifester la force du (...) lien social et son intangibilité" .
Ce livre pose les fondements d’une sociologie de la réception de l’œuvre culturelle, dans laquelle le spectateur, devenu "participant" depuis les débuts de l’époque vilarienne, retrouve toute sa dignité de citoyen. Fabiani annonce d’emblée qu’il entend se situer entre ceux qui font "du spectateur le maître incontesté de la culture contemporaine" et ceux qui, à l’inverse, "font de l'autonomie absolue du créateur le critère absolu de la démocratie culturelle" . Le festivalier est bien, en ce sens, l’antithèse du consommateur dont "le temps de cerveau humain disponible" peut se vendre sur les ondes (selon la célèbre formule du PDG d’une chaîne de télévision, en 2004). Le public d’Avignon en action, c’est au contraire une agora ressuscitée et les lieux comme la cour du palais des papes, autorisant les spectacles en plein air, ne sont pas pour rien dans cette image.
Enfin, ce livre est à replacer dans le cadre du développement de nouvelles études transdisciplinaires sur les festivals. Fabiani signale avec raison le caractère "mondain" du festival de Bayreuth , archétype d’une culture ossifiée, mais ce sont au contraire les festivals innovants, considérés comme lieux de débats et de constructions identitaires, qui constituent le nouveau champ de recherches. Le festival est alors vu comme une forme populaire de "coprésence" d’un ensemble d’œuvres artistiques, avec ses formes de sociabilités spécifiques et de rituels de célébration . La Commission européenne soutient d’ailleurs actuellement deux équipes qui poursuivent ces objectifs, avec le Projet de recherche européen sur les festivals (EFRP) et le projet Euro Festival.
S’adressant à tout public intéressé par la sociologie culturelle, au-delà du cercle des anciens festivaliers d’Avignon, le livre de Fabiani devient passionnant lorsqu’il montre les conditions dans lesquelles peut naître une culture qui soit le reflet d’une démocratie participative . Le chapitre 3, véritable protocole des débats, aurait peut-être pu figurer en annexe, mais il permet de bien saisir l'approche bottom-up (de bas en haut) qui caractérise cette démarche. La discussion sur la métaphore religieuse mériterait sans doute d’autres analyses, mais en moins de 200 pages, incluant un index et une présentation des œuvres ayant servi de support aux débats, Fabiani trouve déjà l’occasion d’aborder la place de la danse au Festival, la question de la nudité dans les spectacles (et la place du corps en général), ainsi que l’héritage de 1968 (avec l’opposition entre Vilar et le Living Theater), autant de thèmes que le lecteur aura plaisir à découvrir par lui-même![]()
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Anonyme