On parle souvent des victimes directes des printemps arabes mais rarement des 2000 morts migrants, tués par non-assistance à personne en danger qui, abandonnés par l’Europe, se sont échoués dans des conditions épouvantables. L’Union européenne a fait des printemps arabes une tragédie qui a été celle des migrants tragiquement noyés, dont les oppresseurs ne sont ni Moubarak, ni Ben Ali mais les responsables européens. 
Bertrand Badie, sur nonfiction.fr, le 31 janvier 2012.
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"Du possible, sinon j’étouffe !" Gilles Deleuze aurait aimé cette belle formule qui donne son titre au tract que les intermittents du spectacle et précaires d’Ile-de-France ont diffusé il y a quelques années pour faire connaître les motifs de leur grogne . Du possible – c’est-à-dire non pas nécessairement une perspective d’avenir riante, celle des lendemains qui chantent, mais plus modestement, et de manière plus vitale aussi bien, une restauration des puissances d’agir, de sentir, d’imaginer et de penser, un renouvellement des capacités de faire et de défaire des mondes.
Deux caractéristiques remarquables autorisent à tenir l’expérience des intermittents en France pour révélatrice d’une situation politique globale. Tout d’abord, la façon dont ils ont été considérés par le pouvoir en place – par celles et ceux que Isabelle Stengers appelle dans son dernier livre "nos responsables" : à savoir, comme des surnuméraires. Trop nombreux sont les intermittents du spectacle. Mais trop nombreux aussi sont les enseignants, les étudiants, les chômeurs, les inactifs, les vieux, les artistes, les journalistes de France Télévision, etc. On en vient à se demander à la longue si les politiques néolibérales contemporaines ont d’autre fonction que de fabriquer des déficits et d’utiliser les populations comme variable d’ajustement.
Mais le plus étonnant dans un tel discours est qu’il ait pu rencontrer un accueil aussi favorable auprès de l’opinion publique, laquelle en est venue à se dire, sur tous ces sujets d’actualité, qu’il n’y avait effectivement pas d’autres choix possible que de supprimer des emplois, que de réduire les aides sociales, que d’augmenter le temps de travail, que d’alléger les charges patronales, etc. C’est qu’"il faut bien réformer", n’est-ce pas, et en cette affaire le mieux est toujours l’ennemi du bien. Il en va en effet de deux choses l’une : soit moins de droits sociaux, soit plus de chômeurs ; soit des salaires revus à la baisse, soit des délocalisations ; soit les OGM, soit la perte de compétitivité de l’agriculture européenne ; soit les brevets, soit pas de recherche.
Telles sont quelques-unes des "alternatives infernales", comme les appellent Isabelle Stengers et Philippe Pignarre, que le discours néolibéral aime à multiplier, et par lesquelles trop souvent nous nous laissons piéger, capturer, envoûter . Tout l’intérêt du mouvement des intermittents, de ce point de vue, a tenu à l’étonnante capacité de résistance qu’il a manifesté, et qui s’est traduite par la tentative de réouverture d’un espace de possibles. En lisant collectivement le protocole de réforme, en confrontant les rapports des experts aux pratiques d’emploi et aux savoirs des uns et des autres, les intermittents ont produit une contre-expertise qui a permis de déplacer le combat sur le terrain même de la production de savoir.
5 commentaires
Hicham-Stéphane Afeissa
Je réponds un peu dans le désordre, si vous le voulez bien.
Oui, bien sûr Isabelle Stengers parle d'Internet comme d'un instrument de lutte dont le potentiel attend d'être exploité, mais elle fait plus qu'en parler : elle s'en sert déjà comme tel (je songe notamment à la diffusion et à la traduction des textes de Starhawk).
Le choix de parler des intermittents est-il incongru? Il faut ne pas avoir lu de bien près le livre pour le penser. Le combat des intermittents est extrêmement symptomatique et peut servir de révélateur des enjeux qui animent d'autres combats. J'avoue avoir hésité sur ce point, car l'auteure ne parle pas des intermittents dans le livre - aussi n'ai-je pas hésité à l'interroger, et celle-ci a eu la gentillesse de me faire savoir qu'elle jugeait ce choix de présentation pertinent. Voilà qui répond, n'est-ce pas, à la remarque selon laquelle le compte-rendu exprimerait une opinion personnelle. Faut-il s'excuser de proposer, dans le cadre de son compte rendu, une interprétation d'un livre dont on a choisi de parler précisément parce qu'il nous a donné à penser?
Salade
On ne parle pas vraiment d'internet.
Pourtant lieu "commun" de lutte et d'alliages subtils...et complémentaires
Que pense I Stengers d'internet? Des blogs?
Luc
loyseau
atelierdupoete