On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
C’est ainsi que la torture était pratiquée en Iran, où j’ai grandi. La torture était utilisée pour sur des individus isolés, et les rendait de plus en plus dépendants de l’État par cette insécurité : d’un côté, l’individu avait peur d’être soumis à la torture s’il ne coopérait pas ; de l’autre, tout le monde se sentait en insécurité ne sachant pas qui était un informateur. Tout le monde était en situation d’insécurité, car personne ne savait si l’autre était aussi un informateur. Dans beaucoup de pays, et en premier lieu dans les Etats autoritaires, la torture est utilisée comme une méthode pour augmenter l’insécurité, et intimider tout le monde.
nonfiction.fr : Votre réflexion sur la torture prend une dimension toute particulière en France avec le débat actuel sur les Tasers, pistolet électrique incapacitant dont vous avez retracé l’histoire en détail dans votre livre. En France, ceux qui défendent l’usage par la police de cette arme non léthale considèrent qu’on peut prévenir les abus en équipant les Tasers de caméras. Pensez-vous que cela suffit à assurer un contrôle efficace?
Darius Rejali : Il y a toujours un risque de torture, mais dans une démocratie le principe de base concernant l’usage des armes par la police est que la police n’utilise pas plus de force que nécessaire. Hitler ne s’est jamais préoccupé de savoir si sa police utilisait plus ou moins de force que nécessaire. Dans une démocratie en revanche on attend de la police qu’elle soit précise, et puisse rendre compte devant un tiers. Dans beaucoup de cas, avec les armes non léthales, cela est possible : on peut dire quand une balle en caoutchouc a été tirée, quand on a utilisé des gaz lacrymogènes.
Le problème avec le Taser est qu’on ne peut pas savoir s’il a été utilisé. Équiper les Tasers de caméras c’est consentir au contrôle par un tiers, en reconnaître l’importance. Le problème est que si un Taser était utilisé pour un crime, la première chose que le policier ferait serait de la briser de sorte qu’il serait impossible d’enregistrer la scène. Le système d’évaluation de l’usage des Tasers repose sur la manière dont on traite les données, et sur la mécanique des Tasers, qui sont en réalité des instruments fragiles. Donc dans la plupart des cas, lorsque les policiers utilisent en toute légalité les Tasers, les caméras le montrent, mais dans les cas contraires on a besoin d’autres manières d’assurer un contrôle par un tiers. Si ce contrôle ne peut être assuré, alors il y a un risque majeur de torture, quelle que soit la politique de l’État![]()
* Darius Rejali, Torture and Democracy (Princeton University Press, 2007).
* À lire également sur nonfiction.fr :
- Michel Terestchenko, Du bon usage de la torture. Ou comment les démocraties justifient l'injustifiable (La Découverte), par Dorothée David.
- Entretien avec Michel Terestchenko. Cet entretien est en quatre parties.
- Les vidéos de l'entretien
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