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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Nanni l'autarcique
[mardi 16 décembre 2008 - 17:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Entretiens avec Nanni Moretti
Carlo Chatrian, Eugenio Renzi
Éditeur : Cahiers du Cinéma
256 pages / 35 € sur
Résumé : Un ouvrage indispensable pour qui veut se plonger dans le parcours du cinéaste Nanni Moretti, mais qui malheureusement n'offre pas toutes les clefs d'un échange d'une telle ampleur.
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A contrario de cette indéniable frustration, il faut reconnaître que ces entretiens dessinent un portrait assez précis de l'auteur de Journal intime : perfectionniste, désireux de contrôler toutes les étapes du processus de création cinématographique, tout aussi sûr de lui qu'absolument conscient de ses faiblesses, intègre (ses rapports au pouvoir politique et médiatique restent irréprochables en dépit de sa notoriété), assurément humain mais également pudique et orgueilleux, incapable de se défaire de l'idée qu'il se fait de lui-même. À l'image de ses personnages taraudés par le sens des mots (on se souvient de l'altercation de Michele avec la journaliste dans Palombella Rosa), Moretti fait de la maîtrise de la parole un tel enjeu qu'il semble préférer garder son quant à soi plutôt que de prendre le risque de l'imprécision.

Les nombreux textes et témoignages que contient en appendice ce livre attestent de ce manque de spontanéité : "Malgré l'effort, Moretti semble toujours garder le contrôle de son propos et du vocabulaire employé" (C. Chatrian, p:17 dans son préambule aux entretiens). Plus loin, le même : "Moretti a tendance à répondre en se mettant à la place de son moi passé, évitant toute interprétation a posteriori". Corollaire d'une exigence qui fait également sa spécificité et sa force : "C'est le premier cinéaste que j'ai connu qui travaille contre le film qu'il veut faire. Je pense que c'est sa méthode… Il pose continuellement la question : mais pourquoi devrions-nous faire ce film? C'est cette question extrêmement pénible que chaque cinéaste devrait se poser." (Francesco Piccolo, scénariste du Caïman, p:238).

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le partie la plus originale et intéressante du livre est justement constituée de ces témoignages annexes, points de vue portés par ses collaborateurs (chef opérateur, scénaristes, musicien, producteur, comédiens) sur la personne de Moretti. Libérés du regard et de la parole du maître, de son mode de pensée déconstructeur, ils offrent en définitive un portrait de Moretti plus riche que celui que ce dernier laisse transparaître dans le corps de l'entretien. Et éclairent le mode de fonctionnement d'un cinéaste dont la pensée et la créativité ne peuvent éclore que dans un rapport conflictuel aux autres, bien loin de l'admiration - légitime mais quelque peu aliénante - qui anime les auteurs de cet ouvrage.

 

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